Lors du forum Global Perspectives de CNN, organisé à Doha le 29 octobre 2026, Tom Barrack, envoyé spécial américain pour la Syrie et l’Irak, a livré à Becky Anderson un constat particulièrement sévère sur la situation syrienne, contrastant avec son soutien habituel au régime djihadiste de Damas.

Un régime issu du djihadisme et une économie exsangue

Barrack a rappelé les origines d’Ahmed al-Sharaa, dit al-Jolani, au sein du Front al-Nosra, organisation djihadiste anciennement affiliée à Al-Qaïda et désignée comme terroriste. Il aurait pu dire toute la vérité et signaler que le nouveau président syrien a été un dirigeant de l’État islamique. Il est vrai que ça commencerait à faire beaucoup de vérités dans la bouche de Barrack d’un seul coup, l’individu brillant par une communication hypocrite permanente, du moins jusqu’à ses derniers propos rapportés.

Malgré ses compliments envers le dirigeant syrien, cette référence explicite à son passé constitue un changement de ton notable.

L’émissaire américain a également décrit une Syrie pratiquement dépourvue de revenus, avec une monnaie fragile, des difficultés financières considérables et des institutions bancaires incapables de répondre aux exigences des investisseurs internationaux.

La Banque mondiale estime à 216 milliards de dollars les besoins de reconstruction du pays, un montant qui ne doit toutefois pas être confondu avec sa dette publique.

Des milliards annoncés, mais une population toujours dans la misère

Malgré les annonces de financements et d’investissements provenant notamment du Qatar, d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, les conditions de vie demeurent catastrophiques.

En août 2026, l’Organisation internationale pour les migrations recensait encore 5,69 millions de déplacés internes, tandis que 15,6 millions de Syriens avaient besoin d’assistance humanitaire.

Une enquête de la BBC publiée le 30 octobre décrit des familles contraintes de limiter leur alimentation à un repas quotidien, dans un contexte d’inflation, de chômage et d’explosion des dépenses essentielles.

Ces contradictions posent une question fondamentale : quelle part des financements annoncés a réellement été versée, et comment les fonds disponibles ont-ils été utilisés ?

Kurdes, Druzes et Alaouites : une crise ethno-politique persistante dans un régime assimilationniste

Tom Barrack a également évoqué les difficultés liées aux combattants djihadistes étrangers et aux communautés alaouite, kurde et druze.

Ce rapprochement est particulièrement révélateur d’une lecture essentiellement sécuritaire de la question syrienne par Barrack, avec un prisme conditionné semble-t-il à des intérêts économiques.

La sécurité apporte le business ; le reste, comme les droits des autochtones sur leur terre, ne semble pas vraiment préoccuper Tom Barrack.

Les communautés autochtones, dont les droits politiques, culturels et religieux doivent être garantis, ne sauraient être assimilées aux combattants djihadistes étrangers présents dans le pays.

Les massacres et violences documentés contre les Alaouites et les Druzes et les Kurdes, ainsi que la pression politique exercée sur le Rojava (le Kurdistan de l’ouest, au nord-est de l’actuelle Syrie), illustrent l’incapacité persistante du régime de Damas à établir une sécurité et des garanties institutionnelles acceptées par tous.

Ariopol informe de son mieux sur les dérives et les crimes commis en Syrie (voir le premier tweet ci-dessus).

Les djihadistes étrangers constituent un autre sujet explosif trop souvent ignoré dans les médias. Peu après sa prise de pouvoir, Ahmed Al-Sharaa a intégré au sein de l’armée syrienne des éléments venant du pire de la nébuleuse Al Qaïda, parfois des gens dont l’appartenance à l’organisation de Ben Laden ne semble pas avoir été remise en cause (second tweet ci-dessus).

Des investissements presque impossibles sans sécurité

Barrack a reconnu qu’attirer des capitaux privés en Syrie relevait actuellement d’une mission presque impossible.

Les projets énergétiques nécessitent plusieurs milliards de dollars et pourraient demander 10 à 15 ans avant de générer des revenus, dans un environnement marqué par l’insécurité, la fragilité bancaire et le maintien de certaines restrictions américaines à l’exportation.

L’émissaire a indiqué avoir sollicité plusieurs entreprises internationales, notamment ExxonMobil, Chevron, HKN Energy, ConocoPhillips et TotalEnergies.

Malgré l’allègement d’une partie des sanctions, certains contrôles américains continuent notamment de compliquer la modernisation des systèmes bancaires syriens.

Un avertissement adressé à al-Jolani ?

Ces déclarations prennent une dimension politique particulière lorsqu’elles proviennent de Tom Barrack, l’un des principaux artisans du rapprochement américain avec les autorités djihadistes syriennes.

Elles révèlent les limites d’une stratégie reposant sur la reconnaissance diplomatique, les annonces financières et la centralisation du pouvoir à Damas, sans résolution préalable des fractures internes.

Il serait prématuré d’y voir la confirmation d’un retrait du soutien américain ou l’annonce d’un effondrement imminent.

Néanmoins, Washington ne peut ignorer indéfiniment que la reconstruction économique dépend aussi de la protection des populations, de la sécurité juridique et d’un règlement politique durable de la question kurde, druze et alaouite.

Le contraste entre les promesses du régime d’al-Jolani et les réalités décrites par son propre soutien américain devient désormais difficile à dissimuler.

Références :


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