
Après les violences ayant frappé le premier convoi de retour et entraîné la suspension des suivants, les déplacés kurdes de Serê Kaniyê réaffirment leur volonté de récupérer leurs villages, leurs maisons et leurs terres, tout en conditionnant désormais tout nouveau départ à des garanties de sécurité vérifiables sur le terrain.
Le 10 août, un premier convoi d’environ 650 familles, déplacées depuis 2019 et majoritairement installées dans le camp de Washokani près de Hesekê, avait quitté le camp dans le cadre d’un mécanisme de retour négocié avec les autorités syriennes et des instances locales. Plusieurs familles décrivent un départ marqué par l’espoir mais aussi par une forte appréhension, certains habitants disant avoir « attendu ce moment pendant des années sans savoir si nous reverrions nos maisons intactes ».
À leur arrivée dans certaines zones de Serê Kaniyê, des incidents ont éclaté : des témoignages recueillis par ANHA évoquent des menaces verbales, des jets de pierres et des tentatives d’intimidation visant des familles kurdes revenant inspecter leurs habitations. Plusieurs déplacés affirment avoir été confrontés à des groupes installés dans la région durant leur absence, certains disant avoir été sommés de « ne pas franchir certaines rues » ou de « repartir immédiatement ». Ces événements ont provoqué un climat de panique et conduit à l’interruption immédiate de la poursuite du retour organisé.
Le 11 août, le Comité des déplacés de Serê Kaniyê a annoncé la suspension temporaire de la préparation du deuxième convoi. Dans ses déclarations, il insiste sur la nécessité d’une enquête indépendante, de l’identification des auteurs des attaques et de leur poursuite judiciaire. Le comité demande également la mise en place de corridors sécurisés, la présence de forces de protection clairement identifiées et des garanties juridiques empêchant toute nouvelle intimidation lors des retours.
Selon des sources locales à Hesekê, une enquête a été ouverte par les forces de sécurité afin d’identifier les personnes impliquées dans les incidents. Des représentants des familles déplacées ont été reçus pour déposer des plaintes détaillées, plusieurs d’entre eux décrivant des scènes de confusion à l’arrivée, où des familles séparées auraient perdu contact pendant plusieurs heures.
Malgré la suspension, le processus n’est pas abandonné. Dans de nouveaux témoignages relayés par ANHA, des déplacés affirment que « le retour reste une nécessité vitale » et qu’ils refusent de laisser les violences du premier convoi transformer un droit en renoncement. Certains habitants de Washokani expliquent qu’ils souhaitent un retour « rapide mais protégé », soulignant qu’ils ne veulent pas revivre les scènes du 10 août, notamment la peur de voir leurs enfants exposés à des affrontements ou à des menaces directes.
Plusieurs familles insistent également sur la question des biens : des habitants affirment avoir retrouvé leurs maisons partiellement occupées ou endommagées, et demandent des mécanismes de restitution clairs ainsi qu’un recensement officiel des propriétés. D’autres évoquent la nécessité d’un processus de réconciliation locale, estimant qu’un retour durable ne peut se faire sans garanties de coexistence et de protection mutuelle.
La question sécuritaire devient ainsi le point central de la reprise des convois. Les déplacés demandent non seulement l’absence de violences, mais aussi un cadre institutionnel garantissant que les retours ne soient pas remis en cause une fois les familles réinstallées. Plusieurs voix locales évoquent la crainte d’une répétition des incidents si aucune force neutre ou mécanisme de supervision n’est mis en place.
Sur le plan politique, plusieurs organisations kurdes du Rojava ont condamné les obstacles rencontrés par les familles et les atteintes à leurs biens. Le Conseil démocratique syrien appelle à une enquête rapide et transparente, ainsi qu’à la protection des propriétés des déplacés, rappelant que le retour constitue selon lui un droit fondamental à la fois humanitaire et national.
Des partis kurdes accusent également les groupes présents à Serê Kaniyê de chercher à empêcher le retour des habitants kurdes et dénoncent la poursuite d’une politique de changement démographique de la région. Ces accusations restent au cœur des tensions politiques entourant le dossier.
Le Parti de l’Union syriaque – des chrétiens de Syrie eux aussi pris pour cibles par les turco-djihadistes – a lui aussi demandé au gouvernement syrien de transition et aux forces locales d’assurer un retour sûr et digne des habitants et de respecter les accords conclus et les garanties accordées aux déplacés., en insistant sur le respect des accords préalablement établis avec les communautés déplacées.
À ce stade, la suspension des convois est présentée comme temporaire. Pour les familles de Serê Kaniyê, après plus de sept années de déplacement pour une partie d’entre elles, le retour demeure un objectif inchangé. Mais sa réalisation dépend désormais de la mise en place de garanties concrètes de sécurité, de protection des biens et d’un cadre empêchant toute répétition des violences observées lors du premier convoi.
Références
- https://t.me/ariopol_eu
- https://ariopol.eu/2026/08/11/rojava-sere-kaniye-les-familles-kurdes-de-retour-attaquees-par-des-colons-armes-convois-suspendus/
- https://hawarnews.com/en/idps-from-sere-kaniye-call-for-rapid-return-safety-for-returnees
- https://hawarnews.com/en/sere-kaniye-displaced-demand-security-guarantees-before-return
- https://hawarnews.com/en/serekaniye-idps-committee-suspends-preparations-for-2nd-convoy-demands-security-guarantees
- https://hawarnews.com/en/security-forces-launch-investigation-following-attacks-on-returnees-in-sere-kaniye
- https://hawarnews.com/en/internal-security-leadership-receives-sere-kaniye-displaced-people-affirms-safe-return
- https://hawarnews.com/en/kurdish-parties-condemn-obstruction-of-sere-kaniye-return
- https://hawarnews.com/en/sdc-calls-for-investigation-into-attack-on-sere-kaniye-returnees
- https://hawarnews.com/en/syriac-union-party-calls-for-safe-dignified-return-of-sere-kaniye-residents
- https://www.kurdistan24.net/en/story/931613/resettled-arabs-attack-kurdish-idps-in-ser%C3%AA-kaniy%C3%AA
- https://www.kurdistan24.net/en/story/931533/first-convoy-of-650-sere-kaniye-families-begins-return-after-seven-years