Le 10 août 2026, le premier convoi organisé de familles kurdes déplacées a tenté de regagner Serê Kaniyê (Ras al-Aïn/Sari Kani), sept ans après l’offensive turque de 2019. Des centaines de personnes, issues des camps de Washokani et d’autres sites de Hesekê, ont pris la route dans le cadre des dispositions de l’accord de janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes et les autorités de Damas.

Ce retour s’inscrivait dans la clause prévoyant le rapatriement des populations déracinées. Dès leur arrivée, ces familles ont été agressées par des groupes armés installés dans la ville depuis l’occupation turco-djihadiste.

Coups de crosse, pierres, couteaux, armes à feu, enlèvements et humiliations filmées : les images montrent des civils kurdes frappés, des corps ensanglantés, des fractures, un homme au visage meurtri foulé au pied, des motards armés parcourant les rues en proclamant qu’aucun Kurde ne serait autorisé à revenir. Des biens ont été vandalisés.

Les autorités de sécurité de Hesekê ont annoncé l’arrestation de plusieurs suspects et la suspension temporaire de tous les convois officiels. Au 11 août dans l’après midi, cette suspension demeure en vigueur. Les préparatifs du second convoi ont été stoppés.

Siyamend Afrini, commandant adjoint des Forces de sécurité intérieure, a réaffirmé que les retours ne reprendraient qu’après stabilisation et garanties suffisantes. Le Comité des déplacés de Serê Kaniyê a dénoncé une attaque délibérée et préméditée. Mazloum Abdî, commandant général des FDS, a condamné l’agression subie lors d’un retour coordonné avec l’État syrien, tout en appelant à la retenue. Des images du 11 août montrent des familles agressées rencontrant le commandant des Forces de sécurité intérieure, avec des blessures encore visibles.

La réaction kurde a été immédiate. À Qamishli, des manifestants ont tenté de pénétrer le siège des forces de sécurité. À Kobanê, un drapeau syrien a été descendu (selon des sources kurdes, par un membre des forces de sécurité afin d’éviter une escalade) et un couvre-feu a été instauré. Des scènes similaires se sont produites à Hassaké et Amûdê. Le 11 août, le Parti de l’Union syriaque a condamné les attaques, le vandalisme et les passages à tabac, rappelant que le droit au retour est inhérent et doit s’appliquer sans discrimination, et appelant le gouvernement de transition syrien ainsi que les forces locales à garantir la sécurité des revenants et à respecter les accords. Kongra Star a également condamné les faits.

Hier et aujourd’hui

Ces événements s’inscrivent dans une continuité coloniale. En octobre 2019, l’attaque de l’armée turque, menée avec les factions de «l’Armée nationale syrienne» (des milices affiliées à la Turquie), a arraché Serê Kaniyê et Girê Spî aux forces kurdes. Plus de 85 % de la population autochtone a été chassée.

La présence kurde, auparavant majoritaire ou très substantielle, a été réduite à quelques dizaines d’individus. Maisons, commerces et terres agricoles ont été saisis et redistribués à des colons essentiellement arabes mais toujours acquis à l’occupation turque, y compris des éléments liés à d’anciens réseaux de l’État islamique. Des villages ont été rasés ou transformés ; des dizaines d’exécutions, d’arrestations et de disparitions ont été documentées. Le peuplement forcé visait à effacer la présence kurde et à créer un fait accompli démographique sous contrôle d’Ankara.

Les Kurdes constituent un peuple aryen, héritier des anciens Mèdes. Leurs langues appartiennent à la famille indo-européenne. Leur enracinement dans les montagnes allant de l’Anatolie orientale au Zagros précède de plusieurs millénaires l’arrivée des tribus turques oghouzes et la colonisation turque progressive de l’Anatolie à partir du XIe siècle. Il en va de même au sujet de l’expansionnisme de la population arabe qui a accompagné celui de l’islam.

Aujourd’hui Serê Kaniyê, demain ?

L’occupation turque de Serê Kaniyê prolonge cette dynamique de substitution ethnique et d’assimilation forcée, déjà à l’œuvre contre les Grecs à Chypre. C’est une politique voulue de changement démographique par un État, en cela il existe donc un élément de rapprochement avec des pays comme la France ou le Royaume-Uni, sans nier les différences de nature et de degré entre les deux phénomènes.

Les structures arabes instrumentalisées par Ankara ont souvent accompagné ou toléré ces politiques d’effacement de l’identité indo-européenne kurde. Le retour des familles menaçait directement ce dispositif : les colons, protégés de fait par l’absence de désarmement complet et d’évacuation des occupants illégaux, ont frappé pour interdire le rétablissement de la population originelle. La manipulation d’étrangers contre des autochtones par un régime, c’est encore quelque chose de bien documenté en France au moins depuis les années 1980. Mais alors que le phénomène a des allures de «cirque antiraciste» en France, s’inscrivant un contexte de société occidentale à l’atteinte aux personnes limitée et à l’idéologie d’État niaise ; au Kurdistan le phénomène est beaucoup plus violent et poussé dans les méthodes et la radicalité, allant jusqu’au massacre de masse impuni.

Les préparatifs de l’attaque des colons à Serê Kaniyê s’inscrivent dans cette logique de changement démographique. Malgré l’accord de janvier 2026, les maisons n’avaient pas été libérées ; les routes restaient minées ou contrôlées ; les milices locales n’avaient pas été neutralisées. Les convois ont avancé sans protection suffisante. Les témoignages et les vidéos montrent que les agresseurs agissaient avec assurance. L’objectif était clair : démontrer que le droit des Kurdes à retrouver leur terre reste subrdonnée à la volonté des occupants et de leurs protecteurs.

Au 11 août 2026, les retours officiels restent suspendus. Les familles blessées attendent des garanties effectives. La mémoire de 2019, des saisies de biens, des disparitions et de l’effacement démographique demeure intacte. Serê Kaniyê illustre, une fois de plus, le refus persistant d’accepter la présence d’un peuple aryen autochtone sur ses terres historiques face aux dynamiques coloniales turques et aux logiques d’assimilation régionales.

Références

  • https://rudaw.net/english/categories/syria/1078762
  • https://rudaw.net/english/categories/syria/1078229
  • https://x.com/Judy20255/status/2086817016065696101
  • https://x.com/Judy20255/status/2086841679965802839
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  • https://x.com/SyJusticeArc/status/2086907369422754147
  • https://hawarnews.com/en/syriac-union-party-calls-for-safe-dignified-return-of-sere-kaniye-residents
  • https://today.rtl.lu/news/world/return-of-displaced-syrian-kurds-to-hometown-suspended-after-violence-412428388
  • https://shafaq.com/en/Middle-East/Kurdish-families-return-suspended-after-Syria-s-Ras-Al-Ain-clashes
  • https://hevdesti.org/en/deferred-return-six-years-of-displacement-and-the-absence-of-justice-in-ras-al-ayn-sere-kaniye-and-tall-abyad-gire-spi/
  • https://hawarnews.com/en/violations-in-sere-kaniye-72-missing-over-1200-crimes-violations