
Les Israéliens sont appelés aux urnes ce mardi 27 octobre pour renouveler les 120 sièges de la Knesset. Premier scrutin depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et les guerres successives à Gaza, au Liban et contre l’Iran, cette élection pourrait profondément modifier les équilibres politiques internes du pays, sans nécessairement remettre en cause ses grandes orientations stratégiques.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui cumule environ 19 années au pouvoir, affronte principalement l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, dirigeant du parti Yashar, ainsi que l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, associé à Yair Lapid dans la liste B’Yachad.
Les dernières enquêtes donnent des résultats très divergents. Un sondage de Kan attribue 50 sièges au bloc de Netanyahu, contre 52 à celui d’Eisenkot. Une enquête d’i24NEWS accorde en revanche 59 sièges au camp gouvernemental, contre 47 à l’opposition. Les formations arabes obtiendraient 14 sièges dans les deux études.
Le véritable enjeu sera donc moins l’identité du parti arrivé en tête que la capacité de ses dirigeants à constituer une majorité parlementaire de 61 députés.
Un maintien de Netanyahu au pouvoir, avec le soutien des nationalistes religieux Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, pourrait conduire à une poursuite de la politique militaire offensive contre l’Iran et ses alliés régionaux, accompagnée d’une accélération de l’implantation israélienne en Cisjordanie.
Ben-Gvir défend notamment le rétablissement de colonies israéliennes dans la bande de Gaza, tandis que Smotrich soutient l’extension de la souveraineté israélienne en Cisjordanie. Ces orientations pourraient renforcer les tensions avec les Palestiniens, mais également avec plusieurs partenaires arabes d’Israël.
Sur l’Iran, Netanyahu bénéficie du soutien explicite du président américain Donald Trump, qui a appelé à sa réélection en évoquant la nécessité de poursuivre leur action militaire commune. Le Premier ministre israélien défend désormais ouvertement l’objectif de renverser le régime iranien, au-delà de la seule neutralisation de ses capacités nucléaires.
Une alternance conduite par Eisenkot ne signifierait cependant pas l’arrivée d’un gouvernement pacifiste. Ancien chef de l’armée israélienne, celui-ci défend également une ligne sécuritaire ferme, le désarmement du Hamas et la prévention, y compris militaire, de l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran. Il laisse toutefois davantage de place à une solution diplomatique soutenue par Washington.
La principale différence concernerait potentiellement la Cisjordanie. Eisenkot rejette une annexion générale du territoire et critique les violences commises par certains colons, mais demeure opposé à la création d’un État palestinien dans les conditions actuelles. Bennett, également situé à droite, défend lui aussi le maintien d’une présence militaire israélienne à Gaza jusqu’au désarmement du Hamas. Il privilégie un rôle sécuritaire de l’Égypte plutôt que de la Turquie ou du Qatar dans l’avenir du territoire.
L’opposition à Netanyahu ne constitue donc pas un bloc idéologique homogène. Elle rassemble des nationalistes de droite, des centristes et les Démocrates de Yair Golan, seule grande composante de cette alliance favorable à une perspective de règlement à deux États, sous d’importantes conditions sécuritaires.
Les différences pourraient être beaucoup plus profondes en politique intérieure.
Eisenkot et ses alliés proposent notamment une commission d’enquête indépendante sur les défaillances du 7 octobre 2023, des garanties pour l’indépendance judiciaire, une limitation de la durée d’exercice du pouvoir et un élargissement de la conscription aux hommes ultraorthodoxes. Cette dernière question oppose directement l’opposition aux partis religieux Shas et Judaïsme unifié de la Torah, qui défendent le maintien d’exemptions pour les étudiants des écoles talmudiques.
Autre paradoxe électoral : les partis arabes pourraient détenir une partie des sièges nécessaires à une alternance, alors même qu’Eisenkot et plusieurs de ses alliés refusent officiellement de gouverner avec eux. Une solution minoritaire, bénéficiant de leur abstention ou de leur soutien extérieur, a néanmoins été étudiée. Un gouvernement d’union nationale, une alternance organisée entre deux Premiers ministres ou de nouvelles élections restent également des configurations envisageables.
Pour les monarchies du Golfe, l’Égypte et la Jordanie, le résultat sera suivi avec attention. Une nouvelle direction israélienne pourrait faciliter certains échanges diplomatiques, notamment autour de la reconstruction de Gaza, de la stabilité syrienne et de la normalisation régionale, sans modifier fondamentalement la doctrine de défense israélienne.
Plusieurs spécialistes, dont Michael Young du Carnegie Middle East Center et Yaakov Katz du Washington Institute, soulignent en effet l’existence d’un large consensus sécuritaire israélien depuis le 7 octobre : confrontation avec l’Iran, dissuasion militaire et capacité d’intervention au-delà des frontières.
Ainsi, le scrutin pourrait déterminer non seulement qui gouvernera Israël, mais surtout jusqu’où le prochain gouvernement entend pousser cette doctrine, quelle place il accordera à la diplomatie et comment il arbitrera les tensions entre nationalisme, religion et institutions démocratiques.
L’un des facteurs décisifs sera enfin le seuil électoral de 3,25%. Le petit parti nationaliste Amcha Israel de l’ancien général Ofer Winter oscille autour de ce seuil : son entrée ou son absence à la Knesset pourrait modifier sensiblement les équilibres parlementaires.
Les bureaux de vote fermeront à 22h00, heure israélienne. Les premières estimations seront alors publiées, mais la constitution d’un gouvernement pourrait nécessiter plusieurs semaines de négociations.
Références :
- https://www.reuters.com/world/middle-east/netanyahus-political-survival-line-israel-votes-2026-10-27
- https://www.investing.com/news/world-news/analysisisraels-election-may-change-its-leader-but-not-iran-war-policy-4963101
- https://www.cfr.org/articles/israels-election-whos-who-and-whats-at-stake
- https://www.i24news.tv/en/news/israeli-elections/artc-final-election-polls-point-to-deadlock-as-neither-bloc-secures-a-majority
- https://www.timesofisrael.com/arab-states-see-hawks-ruling-israel-no-matter-who-wins-vote-but-still-sense-room-for-change
- https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/israels-most-consequential-election