
Une enquête publiée le 2 octobre par Nordic Monitor révèle les ramifications finlandaises d’un vaste scandale de manipulation présumée des marchés financiers turcs, impliquant plusieurs hommes d’affaires, responsables politiques et personnalités proches du président Recep Tayyip Erdogan.
Au cœur de l’affaire figure Emre Tezmen, président de Tera Holding, arrêté dans le cadre d’une enquête sur des irrégularités et des manipulations présumées de fonds d’investissement. L’homme d’affaires avait acquis 9,90% du capital d’Aura Portföy, une société de gestion initialement constituée de 17 actionnaires, dont une entreprise établie en Finlande.
Le 19 janvier 2026, Tezmen avait également été nommé président du Conseil d’affaires Turquie-Finlande, organisme chargé de développer les relations économiques bilatérales. Il a depuis été démis de cette fonction.
L’affaire prend une dimension politique avec la nomination, le 5 septembre 2026, d’Ayşe Hilal Sayan Koytak comme ambassadrice de Turquie en Finlande. Cette diplomate est la sœur de Fatma Betül Sayan Kaya, ancienne ministre et vice-présidente du parti présidentiel AKP, contrainte de démissionner de ses responsabilités partisanes après des accusations concernant des opérations boursières suspectes.
Selon l’opposition turque, Kaya et son époux auraient investi environ 163 millions de livres turques dans le constructeur naval Özata Denizcilik, avant de céder ou de disposer de participations évaluées à environ 2,17 milliards de livres turques après une forte hausse de leur valeur. Ces montants font l’objet d’accusations politiques, sans condamnation pénale publique à ce stade.
Les ramifications finlandaises concernent également Taaleri Plc, une société finlandaise de gestion d’actifs ayant exercé des activités sur les marchés turcs. Emir Münir Sarpyener, ancien responsable du développement commercial de Taaleri/Aura Portföy entre 2017 et 2021, avait ensuite rejoint Tera Yatırım comme dirigeant et administrateur. Il a été arrêté le 1er octobre 2026.
Nordic Monitor évoque par ailleurs des soupçons de connexions avec les services de renseignement turcs. Le journaliste Cevheri Güven affirme qu’Enis Koytak, époux de l’ambassadrice en Finlande, aurait occupé des responsabilités au sein du MIT, le renseignement turc, sous la direction de l’actuel ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan. Les liens allégués entre ces réseaux et les sociétés impliquées dans le scandale n’ont toutefois pas été indépendamment établis.
L’enquête s’étend aussi aux intérêts internationaux du groupe public minier Eti Maden, notamment à sa filiale finlandaise AB Eti Products Oy et à sa structure luxembourgeoise Etimine SA. Des parlementaires réclament des investigations sur les relations entre ces entreprises, des responsables gouvernementaux et les circuits financiers soupçonnés d’irrégularités.
L’ampleur du scandale est considérable : le 17 septembre, l’autorité turque des marchés financiers (SPK) a ordonné la liquidation de 131 fonds appartenant à sept sociétés de gestion, concernant 455 758 investisseurs particuliers.
Les députés d’opposition Deniz Yavuzyılmaz et Cevdet Akay réclament désormais une enquête sur les transferts financiers internationaux, les intérêts économiques finlandais et les éventuels conflits d’intérêts. Yavuzyılmaz demande notamment le limogeage de l’ambassadrice Ayşe Hilal Sayan Koytak et du vice-ministre du Commerce Mustafa Tuzcu.
Cette affaire soulève de nouvelles interrogations sur l’imbrication entre les milieux financiers, les institutions publiques et les réseaux familiaux proches du pouvoir d’Erdogan, tout en plaçant les relations économiques entre Ankara et Helsinki sous une surveillance politique accrue.
Référence : https://nordicmonitor.com/2026/10/turkeys-fund-scandal-exposes-finland-ties-to-erdogans-inner-circle/