
L’ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky, Iuliia Mendel, est au centre d’une affaire mêlant sanctions politiques, accusations de propagande russienne et liberté d’expression au Parlement européen.
Le 13 septembre 2026, le président ukrainien a signé le décret n°901/2026, donnant effet à une décision du Conseil national de sécurité et de défense proposée par le Service de sécurité d’Ukraine (SBU). Le texte vise dix personnes accusées par Kiev de diffuser de la désinformation, de relayer la propagande russienne ou de soutenir la politique agressive de Moscou contre l’Ukraine.
Mendel est la seule citoyenne ukrainienne de cette liste, les neuf autres personnes visées étant russiennes. Journaliste de formation, elle avait été la première porte-parole de Zelensky après son élection et avait travaillé à ses côtés de 2019 à 2021.
Les sanctions prononcées contre elle doivent s’appliquer pendant dix ans. Elles comprennent notamment le gel de ses avoirs, des restrictions sur ses opérations commerciales, l’interdiction de transférer des capitaux hors d’Ukraine et le blocage, depuis le territoire ukrainien, de l’accès à ses comptes Facebook, Instagram et X. La révocation de ses éventuelles décorations d’État est, elle, prononcée sans limitation de durée.
Le décret charge également le ministère ukrainien des Affaires étrangères d’informer les autorités de l’Union européenne, des États-Unis et d’autres pays partenaires, puis de leur demander d’envisager l’adoption de mesures restrictives analogues.
Une ancienne proche devenue opposante
Depuis son départ de la présidence, Mendel s’est progressivement transformée en critique virulente de son ancien employeur. Installée aux États-Unis, elle reproche notamment à Zelensky d’avoir concentré le pouvoir, affaibli les institutions ukrainiennes et fait obstacle à la recherche d’un règlement négocié avec la Russie.
Cette rupture est devenue particulièrement visible en mai 2026, lorsqu’elle a accordé une longue interview à Tucker Carlson. Elle y a présenté Zelensky comme l’un des principaux obstacles à la paix, l’accusant de chercher à prolonger la guerre pour préserver son pouvoir politique. Elle a également formulé des accusations concernant la corruption de son entourage, son comportement personnel et les négociations russo-ukrainiennes, affirmant notamment que Kiev aurait été prêt à accepter certaines conditions russiennes lors des pourparlers d’Istanbul de 2022.
Plusieurs de ses accusations personnelles – notamment celles portant sur une supposée consommation de drogues, des opérations de blanchiment ou la responsabilité du pouvoir dans certaines morts suspectes – ne sont cependant étayées par aucune preuve publique indépendante. La présidence ukrainienne et le ministère ukrainien des Affaires étrangères les ont rejetées comme mensongères et relevant de la désinformation.
Mendel soutient pour sa part que condamner les choix du pouvoir ukrainien ne revient pas à soutenir Moscou. Elle continue de qualifier l’invasion russienne et la brutalité de la guerre menée par Vladimir Poutine d’injustifiables, mais estime que la poursuite indéfinie du conflit conduirait l’Ukraine à une catastrophe démographique, économique et territoriale.
Après l’annonce des sanctions, elle a dénoncé une décision politique destinée à la réduire au silence. Elle affirme que l’emploi de sanctions contre des citoyens ukrainiens est anticonstitutionnel et accuse Zelensky d’utiliser les pouvoirs exceptionnels de l’État contre les personnalités favorables à l’ouverture de négociations. Cette interprétation est contestée par Kiev, qui présente la mesure comme relevant de la sécurité nationale et de la lutte contre l’influence informationnelle russienne.
Accès refusé au Parlement européen
L’affaire a pris une dimension européenne trois jours plus tard. Le 16 septembre, Iuliia Mendel devait intervenir à 18 heures dans les locaux du Parlement européen à Strasbourg, lors d’une conférence intitulée « Ukraine: Dare to Choose Peace – Diplomacy, Not Escalation ».
La réunion était organisée par Hans Neuhoff, eurodéputé allemand de l’AfD, au nom du groupe Europe des nations souveraines (ENS). Le coprésident de l’AfD Tino Chrupalla devait prononcer les remarques d’ouverture, tandis que Roger Köppel, rédacteur en chef de l’hebdomadaire suisse Weltwoche, devait également participer à la discussion.
Il ne s’agissait pas d’une séance officielle de l’institution européenne, mais d’un événement organisé par un groupe politique à l’intérieur des bâtiments du Parlement. L’AfD avait publiquement annoncé la conférence dès le 9 septembre.
Après plusieurs heures d’incertitude administrative, les organisateurs ont été informés que Mendel ne serait pas autorisée à entrer dans le bâtiment. Selon Neuhoff, aucune explication officielle précise ne leur avait alors été communiquée. Empêchée de participer physiquement, l’ancienne porte-parole a finalement prononcé son discours à distance.
Dans le texte préparé pour la conférence, elle devait condamner la guerre de Poutine comme injustifiable par sa brutalité et son mépris de la vie humaine, tout en accusant Zelensky d’avoir protégé des réseaux corrompus, abandonné certaines réformes et privilégié la conservation de son pouvoir. Son argument central était que la défense d’une solution négociée ne devait pas être automatiquement assimilée à une position prorussienne.
Le service de presse du Parlement européen n’a pas publiquement précisé les motifs juridiques, administratifs ou sécuritaires de son exclusion, se contentant de renvoyer aux règles d’accès à ses bâtiments. Un responsable de l’institution a néanmoins confirmé anonymement à Radio Free Europe/Radio Liberty que l’entrée lui avait bien été refusée.
Un lien avec Kiev qui reste à démontrer
Mendel affirme que son exclusion du Parlement européen résulte directement des sanctions prononcées trois jours auparavant par Zelensky. La proximité chronologique entre les deux événements et la demande adressée par Kiev à l’Union européenne d’envisager des mesures analogues alimentent effectivement les interrogations.
Cependant, aucun élément public ne permet pour l’instant d’établir que le gouvernement ukrainien aurait directement demandé au Parlement européen de lui refuser l’accès. L’Union européenne n’avait par ailleurs pas annoncé l’adoption de sanctions européennes contre Mendel au moment de l’incident.
L’affaire soulève ainsi deux questions distinctes : celle de l’utilisation par Kiev de son régime de sanctions contre une ancienne membre du premier cercle présidentiel devenue opposante, et celle de l’exclusion inexpliquée de cette même personnalité d’un événement politique organisé dans les locaux du Parlement européen.
Elle illustre également la polarisation croissante du débat occidental sur l’Ukraine : toute critique de la stratégie de Kiev risque d’être considérée comme une reprise des narratifs de Moscou, tandis que des affirmations insuffisamment démontrées sont utilisées par certains opposants pour remettre en cause l’ensemble du pouvoir ukrainien.
Références
- Décret présidentiel ukrainien n°901/2026, 13 septembre 2026 :
https://www.president.gov.ua/documents/9012026-61545 - Communiqué de la présidence ukrainienne sur les sanctions :
https://www.president.gov.ua/news/ukrayina-zaprovadila-sankciyi-proti-20-suden-rosijskogo-tino-106377 - Reuters, « Ukraine’s Zelenskiy imposes sanctions on former press secretary », 13 septembre 2026 :
https://www.reuters.com/world/ukraines-zelenskiy-imposes-sanctions-former-press-secretary-2026-09-13/ - Financial Times, « Zelenskyy imposes sanctions on former aide turned critic », 14 septembre 2026 :
https://www.ft.com/content/f395dab5-29cd-401b-bbaa-a546da9908e3 - Le Journal du Dimanche, « L’ancienne porte-parole de Zelensky empêchée de s’exprimer au Parlement européen », 16 septembre 2026 :
https://www.lejdd.fr/International/info-jdd-lancienne-porte-parole-de-zelensky-empechee-de-sexprimer-au-parlement-europeen-183636 - Brussels Signal, « Zelensky’s former press secretary barred from European Parliament after criticism of his policies », 18 septembre 2026 :
https://brusselssignal.eu/2026/09/zelenskys-former-press-secretary-barred-from-european-parliament-after-criticism-of-his-policies/ - The Times, « The former Zelensky loyalist who now wants Ukraine to surrender », 17 septembre 2026 :
https://www.thetimes.com/world/russia-ukraine-war/article/iuliia-mendel-zelensky-critic-european-parliament-strasbourg-speech-mgrg5kdhx - Transcription de l’entretien de Iuliia Mendel avec Tucker Carlson :
https://telex.md/2026/05/12/transcriptul-integral-al-interviului-lui-tucker-carlson-cu-iuliia-mendel-fosta-purtatoare-de-cuvant-a-lui-zelensky/ - Publication de Iuliia Mendel sur X :
https://x.com/IuliiaMendel/status/2100565432050819485 - Publication de Mario Nawfal sur X :
https://x.com/MarioNawfal/status/2100880008843833845