Le chercheur Mahmoud Mardini affirme que les archives ottomanes permettraient de recenser 360 campagnes d’extermination menées contre les Yézidis au cours de leur histoire, et non seulement les 72 « firmans » généralement mentionnés par la mémoire collective yézidie.

Les Yézidis sont une minorité religieuse kurdophone originaire principalement du Shingal, de Sheikhan et de la région de Mossoul, dont la foi ancienne a souvent été déformée par ses adversaires. Accusés à tort d’« adorer le diable », ils ont subi pendant des siècles des massacres, des conversions forcées, des déplacements et la destruction de leurs sanctuaires.

Dans la mémoire yézidie, le mot « firman » désigne chacune de ces grandes campagnes de persécution, même lorsqu’elle ne correspond pas nécessairement à un décret impérial formel. Le chiffre traditionnel de 72 firmans résume ainsi une succession de catastrophes collectives transmises de génération en génération ; les travaux attribués à Mahmoud Mardini suggèrent que les archives ottomanes documenteraient en réalité un nombre beaucoup plus élevé d’opérations hostiles contre cette communauté.

Les déclarations de Mardini proviennent d’un entretien accordé le 8 novembre 2017 à l’émission radiophonique Krivan. Mardini, présenté comme ayant travaillé aux Archives ottomanes, explique que le chiffre de 72 correspondrait uniquement aux persécutions documentées entre 1514 et 1917, et non à l’ensemble des violences subies par les Yézidis.

Les Archives ottomanes couvriraient la période allant de 1299 à 1924, soit environ 625 ans. Elles contiendraient près de 500 millions de documents, manuscrits et ouvrages, parmi lesquels Mardini affirme avoir identifié 950 documents consacrés aux Yézidis.

Ces pièces décriraient les tribus yézidies, leur mode de vie, leurs territoires et le sanctuaire sacré de Lalish. Certaines contiendraient également des fatwas autorisant ou encourageant le meurtre des Yézidis.

Selon Mardini, la première fatwa explicitement destinée à légitimer leur extermination aurait été émise en 1560 par le grand mufti ottoman Ebussuud Efendi, l’une des principales autorités religieuses de l’Empire ottoman sous Soliman le Magnifique.

Le chercheur affirme que le dernier « firman » ottoman contre les Yézidis aurait été conduit par un certain Ibrahim Pacha et aurait visé simultanément Shingal, Sheikhan, Bashiqa et Bahzani, quatre centres majeurs de la présence yézidie.

Mardini soutient que les documents qu’il a rassemblés sont rédigés en turc ottoman et nécessitent une traduction certifiée particulièrement précise. Il souhaite les faire traduire notamment en arabe, en anglais et en allemand, puis les faire authentifier par un notaire afin qu’ils puissent être utilisés comme documents officiels dans les démarches internationales de reconnaissance des persécutions commises contre les Yézidis.

Il estime que ces archives permettraient de qualifier les 360 campagnes recensées d’actes génocidaires et d’établir matériellement l’ancienneté et la continuité des politiques d’extermination, de conversion forcée et de destruction visant cette communauté.

Mardini évoque également la présence, dans les archives ottomanes, de documents concernant les Arméniens. Il avance que l’absence d’accès, de traduction ou d’exploitation complète de certaines archives contribuerait selon lui aux difficultés rencontrées pour obtenir une reconnaissance universelle du génocide arménien.

Le chercheur est par ailleurs l’auteur de l’ouvrage Le yézidisme et la mémoire des tragédies – Un témoignage pour l’Histoire, un volume d’environ 1 500 pages au format A4 consacré à l’histoire, aux coutumes, aux traditions et aux persécutions des Yézidis.

Il présente son travail comme une tentative de démontrer aux lecteurs turcs, arabes et persans que le yézidisme est une religion monothéiste antérieure aux religions abrahamiques. L’ouvrage doit, selon lui, être traduit dans plusieurs langues.

Mardini critique également plusieurs historiens arabes, notamment Abdul Razzaq al-Hasani et Abbas al-Azzawi. Il leur reproche d’avoir propagé des représentations mensongères ou hostiles des Yézidis, contribuant à créer le climat idéologique ayant permis de nouvelles persécutions.

Interrogé par un journaliste étranger sur le génocide perpétré par l’État islamique en 2014, Mardini affirme l’avoir invité à examiner les grottes du mont Shingal, où subsisteraient selon lui les ossements brûlés de femmes et d’enfants yézidis massacrés lors de campagnes antérieures.

Références