La Syrie prétendument «inclusive» d’Ahmed al-Sharaa n’a pas apporté la sécurité aux chrétiens ni à aucune minorité syrienne, bien au contraire. Depuis la chute d’Assad et l’installation du nouveau pouvoir issu d’Al Qaeda à Damas, les communautés chrétiennes vivent dans un climat de peur, de pression communautaire et d’incertitude politique. Le régime parle de protection des minorités, mais il gouverne un pays où les réseaux djihadistes, les milices sunnites radicales et les violences confessionnelles continuent de frapper les populations non sunnites. Le régime a ordonné des massacres, comme on l’a vu notamment dans les régions alaouites, kurdes et druzes.

L’un des cas les plus sanglants dans la séquence en cours qui concerne les chrétiens reste l’attentat contre l’église grecque-orthodoxe Mar Elias, à Damas, le 22 juin 2025. Un assaillant a ouvert le feu sur les fidèles avant de se faire exploser pendant la liturgie. L’attaque a fait au moins 25 morts et plus de 60 blessés. Elle a frappé au cœur même de la capitale, dans un lieu de culte chrétien, et a rappelé brutalement que les promesses de sécurité du nouveau pouvoir ne valent rien pour ceux qui refusent de disparaître dans le silence. Quelques jours après l’attaque, un groupe djihadiste sunnite appelé Saraya Ansar al-Sunna a revendiqué l’attentat.

Cette violence ne se limite pas à l’État islamique ou à des groupes opposés au régime. Les plus grands crimes de masse contre des minorités. Dans plusieurs régions, les chrétiens ont aussi été exposés à des agressions communautaires, à des menaces, à des intimidations et à des attaques locales venant de milieux sunnites armés ou radicalisés, partisans du nouveau régime.

À Suqaylabiyah, ville chrétienne de la région de Hama, des violences ont visé des maisons, des commerces et des véhicules chrétiens après l’escalade d’un conflit local. Ces épisodes montrent que la question chrétienne en Syrie n’est pas seulement sécuritaire : elle est politique, démographique et existentielle.

Face à cette situation, les chrétiens syriens commencent à se structurer. Ils ne veulent plus être réduits à une minorité décorative, convoquée par le pouvoir à travers quelques dignitaires religieux, puis renvoyée à la peur et au silence. Ils cherchent désormais à construire une représentation civile et politique, capable de défendre leurs droits, leur sécurité, leur enracinement historique, leurs lieux de culte, leur patrimoine et leur place dans l’avenir institutionnel de la Syrie.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le « Congrès chrétien syrien ». L’initiative, encore récente, a publié une déclaration fondatrice et semble vouloir rassembler des chrétiens de Syrie et de la diaspora autour d’une ligne claire : refuser l’effacement, porter une parole politique autonome et défendre l’existence chrétienne dans une Syrie dominée par un pouvoir issu de la matrice djihadiste.

Cette structure s’inscrit dans une dynamique plus large de réorganisation chrétienne. Le Conseil national levantin, lancé en 2025, avait déjà posé la question de la représentation des chrétiens syriens comme composante nationale, religieuse, culturelle et politique. L’objectif est de refuser une Syrie où les chrétiens seraient seulement tolérés comme survivants, sans pouvoir, sans garanties constitutionnelles et sans capacité à peser sur leur propre destin.

Il y a trois jours, le 24 juin 2026, une manifestation de Syriaques (chrétiens) s’est déroulée à Hesekê, au Rojava (Kurdistan dit syrien), pour demander leur reconnaissance constitutionnelle, le statut officiel de leur langue et un décret comparable au décret n°13, qui reconnaît les Kurdes, autorise l’enseignement du kurde et fait de Newroz un jour férié. Les manifestants chrétiens réclamaient que le syriaque devienne langue officielle, insistant sur leur présence historique en Syrie et au Rojava. Une délégation a remis ses demandes aux responsables kurdes locaux de Hesekê.

L’union fait la force et le Congrès syrien chrétien semble valider cette approche en écrivant qu’il «tend la main à toutes les forces nationales syriennes qui croient en la démocratie et la pluralité. Nous ne réclamons pas de privilèges spéciaux, mais exigeons un État de droit qui protège chacun. Nos générations ont appris de l’histoire que le silence ne protège pas, et que l’organisation consciente est la condition de la survie.»

Le message est donc simple : les chrétiens de Syrie ne veulent plus attendre leur disparition. Face au régime islamiste de Damas, face aux crimes djihadistes et communautaires, face à l’exode et à l’abandon international, ils cherchent à redevenir un sujet politique. Non pas une minorité passive, non pas un décor pour la propagande de soi disant tolérance d’Ahmed Al-Sharaa, mais une force enracinée, consciente de son histoire et décidée à défendre sa survie.

La création du Congrès chrétien syrien rconfirme déjà une vérité : dans la Syrie d’Al-Sharaa, la survie chrétienne reste une question politique majeure.

Références