Une coopération désormais structurée

Le ministre arménien de la Défense, Suren Papikyan, s’est rendu à Varsovie pour une réunion de haut niveau avec le vice-premier ministre et ministre polonais de la Défense nationale, Władysław Kosiniak-Kamysz, dans un contexte d’approfondissement rapide des relations sécuritaires entre les deux États.
Les deux responsables ont confirmé la mise en œuvre du « plan de coopération bilatérale 2026 » ainsi que l’application d’un accord de coopération militaro-technique signé plus tôt cette année 1. Les discussions ont porté sur :
- les achats et la maintenance d’équipements militaires,
- les échanges d’expérience opérationnelle,
- la formation d’officiers arméniens en Pologne,
- les exercices conjoints,
- la coopération entre industries de défense,
- ainsi que l’ouverture prochaine d’un bureau d’attaché militaire arménien à Varsovie. 2
L’ouverture d’un attaché militaire permanent constitue un élément particulièrement important : ce type de structure sert généralement à coordonner les contrats militaires, les programmes de formation, les échanges de renseignement militaire et les négociations industrielles.
Une possible coopération d’armement
Aucun contrat précis n’a été officiellement annoncé, mais plusieurs éléments suggèrent que la coopération pourrait rapidement dépasser le simple cadre diplomatique.
La Pologne dispose aujourd’hui d’une industrie de défense en forte expansion capable de produire :
- véhicules blindés Rosomak,
- systèmes de communication militaires,
- radars,
- drones tactiques,
- équipements individuels,
- systèmes anti-drones,
- munitions d’artillerie de standard OTAN.
Ces dernières années, Varsovie a fortement développé son complexe militaro-industriel sous l’effet du réarmement européen et de l’invasion russienne en Ukraine.
Pour l’Arménie, la Pologne présente un intérêt particulier : elle combine des standards OTAN modernes avec une expérience récente de transformation rapide des forces armées. Erevan cherche précisément ce type de modèle afin de sortir progressivement de l’héritage doctrinal soviétique… et c’est encore un point commun avec le partenaire polonais.
Erevan accélère sa diversification stratégique
Depuis la guerre de 2020 puis la chute de l’Artsakh en 2023 suite à l’invasion turco-azérie, l’Arménie mène une politique active de diversification militaire afin de réduire sa dépendance historique envers Moscou.
Dans ce contexte, le propagandiste russien Alexandre Douguine avait déclaré fièrement que la Russie est responsable de la permission garantie aux colons turcs dans le Caucase de procéder au nettoyage ethnique de la population européenne dans le Haut-Karabakh. 3
Selon le secrétaire du Conseil de sécurité arménien Armen Grigoryan, la part des armements russes dans les importations militaires arméniennes est passée de plus de 96 % à environ 10 % seulement ces dernières années 4.
Cette réorientation s’est traduite par :
- l’achat de systèmes d’artillerie indiens Pinaka,
- l’acquisition de radars et missiles français,
- des exercices conjoints avec les États-Unis,
- le développement de coopérations militaires avec la Grèce, Chypre et plusieurs États européens.
Dans ce contexte, la Pologne apparaît comme un nouveau partenaire clé sur le flanc oriental européen.
Un enjeu : la standardisation OTAN
Les discussions ont également porté sur la formation des officiers arméniens et les échanges doctrinaux[1 bis]. Derrière cet aspect technique se cache un enjeu stratégique majeur : la transformation progressive de l’armée arménienne vers des standards compatibles OTAN.
Cela concerne notamment :
- les procédures de commandement,
- la numérisation du champ de bataille,
- les communications sécurisées,
- l’interopérabilité,
- les méthodes de planification opérationnelle.
La Pologne, qui a elle-même profondément transformé son armée depuis son adhésion à l’OTAN, constitue pour l’Arménie un partenaire particulièrement pertinent dans ce domaine.
Un signal adressé à Moscou et Ankara
Même si aucun traité d’alliance n’a été annoncé, ce rapprochement possède une dimension géopolitique évidente.
La Pologne est aujourd’hui l’un des États les plus influents du flanc oriental de l’OTAN et l’un des principaux relais européens de Washington en matière sécuritaire. Pour Erevan, renforcer les liens militaires avec Varsovie permet :
- d’élargir son réseau de partenaires occidentaux,
- d’obtenir un accès indirect à certains standards OTAN,
- et de réduire sa vulnérabilité stratégique face au tandem turco-azerbaïdjanais.
Cette évolution est observée avec attention par Moscou, alors même que les relations entre l’Arménie et l’OTSC (la défense collective sous le contrôle de la Russie) continuent de se détériorer.
Références
- https://armenpress.am/en/article/1249508 ↩︎
- https://www.gov.pl/web/national-defence/poland-and-armenia-strengthen-military-cooperation ↩︎
- https://x.com/Ellynismos/status/2051775429091213801/video/1 ↩︎
- https://www.civilnet.am/en/news/768201/armenia-dramatically-reducing-dependence-on-russian-weapons/ ↩︎