
Le 4 mai 1937 ouvre l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire kurde en Anatolie : l’offensive de l’État turc contre la région de Dersim, une entreprise planifiée d’écrasement d’un peuple refusant l’assimilation imposée par le régime de Mustafa Kemal Atatürk.
Dans la mémoire kurde, Dersim incarne une résistance ancestrale face à la centralisation autoritaire d’Ankara. La loi de 1935, militarisant la région, est perçue comme le prélude d’une politique coloniale interne visant à briser les structures sociales, culturelles et religieuses kurdes.
Dans les années 1930, l’occupation turque (ou État turc/Turquie) mène une politique de centralisation, turquification, suppression des identités non turques. Cette loi de 1935 dite « loi Tunceli » instaure une administration militaire exceptionnelle et des pouvoirs élargis aux autorités.
Entre 1937 et 1938, les opérations militaires prennent la forme d’une violence totale : bombardements de civils, incendies de villages, exécutions sommaires, déportations massives. Des récits transmis de génération en génération évoquent également l’usage de gaz toxiques dans les grottes où se réfugiaient les populations.
Les estimations kurdes évoquent des dizaines de milliers de morts, souvent situées entre 30 000 et 50 000 victimes. Des milliers d’enfants sont arrachés à leurs familles pour être turquifiés, tandis que les survivants sont dispersés à travers le pays. Le chef spirituel et politique Seyid Riza devient une figure emblématique de cette résistance : son exécution en 1937 est vécue comme un acte fondateur de la mémoire collective kurde.
Les crimes de Dersim relèvent d’une volonté d’effacer une identité spécifique de l’Anatolie colonisée par les Turcs. Les faits s’inscrivent dans une continuité des politiques de négation culturelle et politique menées par l’État turc tout au long du XXe siècle et après.
Malgré les excuses formulées en 2011 par Recep Tayyip Erdoğan admettant un « massacre », celles-ci sont largement jugées insuffisantes par les Kurdes, faute de reconnaissance pleine, de justice et de réparations.
Aujourd’hui encore, Dersim reste un symbole puissant de la lutte kurde pour la reconnaissance, la justice et la dignité. Tout Indo-Européen conscient doit connaître ces faits.