
Par Homer Pavlos – https://x.com/HomerPavlos
L’« agenda gay » dans l’œuvre d’Homère (et les classiques en général) est un phénomène des XXe et XXIe siècles, impulsé par la théorie queer et l’activisme universitaire qui cherchent à réécrire l’histoire. L’objectif est de normaliser l’homosexualité en affirmant qu’elle a « toujours été présente » et de saper les lectures « hétéronormatives » des classiques occidentaux. Achille et Patrocle, guerriers de haut rang et à la virilité exacerbée, se prêtent parfaitement à la subversion.
Maîtriser les classiques permet de remodeler le récit civilisationnel.
Homère est le créateur. S’il ne l’a pas écrit, alors tout ce qui a été écrit après lui ne compte pas.
Homère n’évoque jamais de telles choses dans ses œuvres. Dans ses épopées, il mentionne de nombreux moments érotiques. Par exemple, Pâris (ou Alexandre) couche avec Hélène, Arès avec Aphrodite, Zeus avec Héra, Ulysse avec Circé, Calypso et Pénélope.
L’Iliade commence par dire « Μῆνιν ἄειδε, θεά, Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος », ce qui signifie « Chante, déesse, la colère (colère) d’Achille, fils de Pélée ».
Dès le premier vers d’Homère, nous comprenons donc que l’Iliade est une épopée dédiée à la « μῆνις », c’est-à-dire à la colère d’Achille. Cette colère fut déclenchée par une femme, Briséis, qu’Agamemnon lui prit.
Cependant, un sujet de discussion revient souvent. Il est répété par des personnes illettrées, ignorantes en histoire et prétentieuses, qui cherchent à se donner des airs d’intellectuels. À une époque où chacun a un avis sur tout, et où l’ignorance est si répandue, leurs propos acquièrent du pouvoir puisqu’ils ne sont jamais réfutés. Ils affirment qu’Achille et Patrocle étaient amants. Cette thèse est anti-scientifique, sans fondement, dénuée de tout preuve et anachronique. Elle s’adresse avant tout aux personnes peu intelligentes ou à celles qui n’ont jamais lu Homère.
Patrocle naquit à Opus in Locris, fils de Ménoétios. Du côté de sa mère, il était Thessalien et appartenait à la famille d’Admète. Dans sa jeunesse, lors d’un jeu, il se querella avec un ami et, involontairement, le blessa grièvement, le tuant sur le coup. Son père l’envoya alors auprès de Pélée, en Phthie. Pélée le prit sous son aile et l’éleva avec Achille comme un frère. Achille l’aima ainsi comme son propre frère, pour lequel il aurait donné sa vie. Auprès d’Achille, Patrocle apprit non seulement l’art de la guerre, mais aussi de nombreux secrets de la nature que le sage Chiron avait enseignés à Achille. Il apprit à retirer les flèches des corps, à nettoyer les plaies et à utiliser les herbes appropriées pour arrêter les saignements et soulager la douleur. Grâce à ce savoir-faire, Patrocle sauva plus tard de nombreuses vies durant la guerre de Troie.
Furieux contre Agamemnon, Achille refusa d’envoyer ses troupes au combat. Voyant la victoire des Troyens, Patrocle lui demanda alors de prendre lui-même le commandement de l’armée thessalie afin de soutenir les Grecs qui combattaient. Achille accepta et, avec son accord, Patrocle lança les Myrmidons au combat, revêtant même l’armure du courageux Achille.
Il passa entre les navires achéens et les murailles troyennes, puis chargea les Péoniens et tua leur chef. Il tua également le roi de Lycie, Sarpédon, et atteignit les portes de Troie, car rien ne pouvait arrêter sa progression. On le présente à tort comme un enfant faible. Certes, il était moins fort qu’Achille, son précepteur et frère, mais il était intelligent, courageux et puissant.
Il fallut l’intervention d’Apollon en personne, qui le frappa par derrière et le désarma, pour qu’Hector lui ôte la vie. Une terrible bataille s’ensuivit autour du corps de Patrocle. Ajax et Ménélas se battirent comme des bêtes sauvages pour soulever sa dépouille et la porter à Achille.
La lamentation d’Achille pour son ami Patrocle est décrite par Homère d’une manière unique.
Le corps de Patrocle fut incinéré sur un grand bûcher, et ses cendres furent placées dans une urne remise à Achille pour qu’il la conserve dans sa tente. Achille demanda même qu’à sa propre mort, les cendres de Patrocle soient mêlées aux siennes afin que les deux amis soient enterrés ensemble pour l’éternité.
Les cérémonies s’achevèrent par des jeux funéraires en l’honneur des défunts (ἆθλα ἐπὶ Πατρόκλῳ). Achille, en tant qu’organisateur, y offrit de nombreux et précieux prix. Finalement, il déclara même Agamemnon vainqueur du duel de lances.
En résumé, voici l’histoire de Patrocle. Nous allons maintenant nous concentrer plus précisément sur nos sources.
Achille eut un fils avec Déidamie, Néoptolème, qui fut plus tard appelé Pyrrhus lorsqu’il devint roi des Molosses en Épire.
Dans l’Iliade, chant 9 (I), vers 660-670, on lit :
Et à l’intérieur de la tente dormait le fils de Pélée ;À côté de lui gisait une femme qu’il avait emmenée de Lesbos,fille de Phorbas, la belle Diomède.En un autre lieu, Patrocle ; et lui aussi avait à ses côtésIphis, la belle ceinture, que le fils de Pélée lui avait donnée,lorsqu’il monta à Scyros, la ville d’Ényée.
Achille s’unit passionnément à Diomède, la femme qu’il a prise à Lesbos, fille de Phorbas. De son côté, Patrocle s’unit passionnément à Iphis, qu’Achille lui a donnée en mariage à Scyros, dans sa tente.
Dans l’Iliade, chant 24 (Ω), vers 676, on lit :
Et au plus profond de la tente dormait le fils de Péléeet avait pour compagne la fille de Briséus.
Dans l’Iliade, chant 19 (T), vers 295-300, on lit :
Toi seul ne me laissais pas pleurer, et tu disais toujours que tu ferais de moi l’épouse légitime d’Achille et que tu m’emmènerais à Phthie.pour célébrer le mariage parmi les Myrmidons qui y habitent;Pour cette bonté dont tu as fait preuve, je pleure amèrement pour toi.
Briséis, dans ses lamentations sur le corps de Patrocle, pleure en se souvenant de lui et mentionne qu’il était si bon de son vivant qu’il lui avait dit qu’il ferait d’elle l’épouse légitime d’Achille et l’emmènerait à Phthie.
Homère ne mentionne nulle part ailleurs d’autres relations érotiques.
L’amitié entre Achille et Patrocle est particulièrement forte pour une autre raison : le père de Patrocle, Ménétios, était le cousin de Pélée, le père d’Achille. Ils étaient donc cousins issus de germains. Ces deux frères (Péléos et Ménétios) participèrent également ensemble à l’expédition des Argonautes.
Dans l’Iliade, chant 19 (T), vers 315-330, on lit :
Toi aussi, malheureux ami de mon cœur,nous préparerions ici un repas rapidement et correctement,lorsque les Achéens étaient impatients d’apporterArès, si souvent regretté, contre les Troyens dompteurs de chevaux ;Maintenant tu gîts mort, et le désir de toine me laisse ni manger ni boire,car je ne pourrais supporter un mal piremême si j’apprenais que mon vieux père était mort,qui dépérit à Phthie, en larmes, regrettantUn tel fils, alors que je reste loin, à combattre les Troyensdans un pays étranger à cause de la détestée Hélène ;ou cet enfant à moi qui est élevé à Scyros,Néoptolème, quasi-divin, s’il est encore en vie.J’avais un autre espoir au plus profond de mon âme,que je périrais seul loin d’Argos, élevage de chevauxici à Troie, et que vous retourneriez à Phthieet amener l’enfant de Scyros sur le navireet conduisez-le avec vous et montrez-lui tout,Mes biens, mes serviteurs et le haut palais.
Achille se lamente et confie qu’il espérait être le seul à périr à Troie et que Patrocle retournerait à Phthie avec son fils Néoptolème pour lui présenter les serviteurs et le palais. Il est donc clair qu’Achille souhaitait que Patrocle devienne le tuteur de son enfant.
Dans la Grèce antique, l’amitié était une institution sacrée, protégée par Zeus Philios (Zeus de l’Amitié). Ces deux héros étaient compagnons d’armes, frères d’armes, amis chers et parents.
L’amitié profonde et non sexuelle entre Achille et Patrocle dans l’Iliade d’Homère représente l’un des plus hauts idéaux de la vertu masculine dans la civilisation occidentale : une loyauté indéfectible, le sacrifice mutuel, l’excellence partagée au combat et une profonde intimité émotionnelle sans érotisation. Leur lien, enraciné dans la parenté, le mentorat et la camaraderie héroïque, montre que les hommes peuvent s’aimer passionnément, pleurer ouvertement, combattre côte à côte et se confier mutuellement leur héritage et leurs enfants, tout en restant des guerriers pleinement virils qui désirent aussi les femmes. Préserver cet archétype est vital car, historiquement, les fortes amitiés masculines ont bâti des armées, des nations et des civilisations ; elles favorisent la confiance, la résilience et le sens du devoir sans réduire toute intimité à la sexualité. La réinterprétation « gay » moderne cherche à sexualiser de tels liens précisément pour saper les stéréotypes masculins traditionnels, transformant la fraternité héroïque en une simple forme de relation amoureuse et sexuelle, et affaiblissant ainsi le modèle culturel de l’amour masculin non érotique qui a inspiré les hommes pendant des millénaires.
Toute autre œuvre ultérieure faisant référence à une relation amoureuse entre les deux héros est une fiction visant à déformer la réalité, l’opinion publique, et à promouvoir un dessein particulier. Elle est généralement reproduite par des personnes ignorantes, déconnectées de la réalité historique et rusées, dont le seul but est d’assouvir leurs désirs et appétits malsains.
Ils ont fait de même avec Alexandre et Héphaestion, sans aucune source primaire. Ce sera le sujet de mon prochain article, toujours basé sur des sources primaires.
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Merci de m’avoir lu.
Références :
- L’Iliade d’Homère. L 758-848, P 1-867, P 1-139, P 1-137, T, P 1-897
- Apollodore 3, 176