
Les tensions entre le Hezbollah et le patriarche maronite Béchara Boutros al-Rahí se sont nettement intensifiées entre 2024 et 2026, sur fond de crise politique libanaise et d’escalade régionale. Le chef de l’Église maronite s’est imposé comme l’une des voix les plus critiques du rôle militaire et politique du Hezbollah, appelant à une neutralité du Liban et au monopole des armes par l’État.
Depuis le déclenchement des tensions régionales récentes, le patriarche a dénoncé une guerre « imposée » au Liban et plaidé pour une solution diplomatique placée sous l’autorité exclusive de l’État1. Ces prises de position, perçues comme une remise en cause directe de la stratégie du Hezbollah, ont suscité des réactions de plus en plus virulentes dans les rangs du mouvement et de ses alliés.
Un tournant majeur intervient lorsque des responsables du Hezbollah réagissent à des propos attribuant implicitement au mouvement une responsabilité dans des actes assimilés au « terrorisme ». Le député Ali Fayyad dénonce alors une « langue de confrontation », accusant le patriarche d’attaquer la légitimité de la « résistance »2. Cette séquence marque un durcissement du ton, transformant un désaccord politique en affrontement public.
Dans la foulée, le Hezbollah boycotte un sommet spirituel organisé au siège patriarcal de Bkerké, geste rare interprété comme une sanction politique visant directement l’autorité religieuse du patriarche [source 2 bis]. Parallèlement, des figures religieuses proches du camp pro-Hezbollah, comme le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, vont jusqu’à accuser implicitement les positions d’al-Rahí de servir des intérêts ennemis, évoquant une instrumentalisation au profit du « terrorisme sioniste ».3
Le patriarche a également dénoncé l’influence de l’Iran au Liban via le Hezbollah, y voyant une atteinte à la souveraineté nationale 4. Ces déclarations ont renforcé les attaques médiatiques contre lui, les relais du mouvement l’accusant de s’aligner sur des agendas étrangers et de fragiliser la capacité de défense face à Israël.
Au-delà des prises de position officielles, une campagne de délégitimation s’est installée dans les médias proches du Hezbollah, visant à présenter le patriarche comme dépassant son rôle religieux pour intervenir dans le champ politique. Les visuels ci-contre proviennent des canaux Telegram pro-Hezbollah. Cette stratégie s’accompagne d’une polarisation croissante de l’opinion publique et, dans certains cas, de tensions sociales ou de menaces relayées sur les réseaux. 5


Dans un contexte de critiques internes accrues contre le Hezbollah pour son implication militaire régionale, ces attaques illustrent une fracture profonde entre deux visions du Liban : celle d’un État souverain et neutre, défendue par le patriarche, et celle d’un pays intégré à l’« axe de la résistance » porté par le mouvement. Le différend, désormais ouvert et récurrent, dépasse le cadre religieux pour devenir un marqueur central de la crise politique libanaise.
Références
- https://today.lorientlejour.com/article/1504125/rai-urges-a-diplomatic-solution-to-the-war-under-the-sole-authority-of-the-state.html ↩︎
- https://today.lorientlejour.com/article/1418859/hezbollah-responds-to-rais-terrorist-comments.html ↩︎
- https://www.lemonde.fr/international/article/2024/09/03/au-liban-le-malaise-croissant-de-la-communaute-chretienne-qui-s-oppose-au-hezbollah_6302946_3210.html ↩︎
- https://www.naharnet.com/stories/en/319346-al-rahi-says-iran-violating-sovereignty-through-hezbollah-slams-israeli-attacks ↩︎
- https://www.facebook.com/SaintsOfToday.PH/posts/374933894217062 ↩︎