
Dialectes apparentés issus d’une même langue, mythes fondateurs communs (via Hellen, le premier grec), institutions communes (Jeux Olympiques, sanctuaire panhellénique de Delphes), les Grecs ont tout pour s’unir politiquement et former une nation grecque unie, un ethnos unifié, comme le prônera sans succès Isocrate toute sa vie, s’opposant ainsi à un Démosthène partisan d’une Athènes seule. C’est par désespoir qu’Isocrate finira par espérer l’unité par un acteur extérieur comme Philippe II de Macédoine.
Face aux Perses, cet immense empire menaçant, l’analyse géopolitique est complexe. Les cités grecques de la côte égéenne de l’Anatolie sont soumises à un lourd tribut. La Perse domine également la Thrace et la Macédoine est alors sous son influence.
L’action militaire athénienne (et érétrienne) au secours et en faveur des Ioniens d’Anatolie, avec incendie de la cité de Sardes, amène en retour la Perse à s’occuper plus en détail de la Grèce continentale. Erétrie est ravagée et un contingent perse menace Athènes. Le secours spartiate arrivera après la bataille remportée par les Athéniens seuls à Marathon (490). Le shah Darius est donc vaincu et son fils Xerxès va chercher à venger dix ans plus tard l’affront paternel.
Du côté grec, ce n’est pas un front uni comme évoqué par la légende. Macédoniens, Thessaliens, Ioniens (comme la fameuse Artémise) sont sous le drapeau perse. Les Thébains aussi « médisent » implicitement en faveur de l’armée du « Grand Roi ». Pourtant Athènes, Sparte et le Péloponnèse vont résister. Et vaincre.
Après le martyr héroïque de 3 000 Grecs aux Thermopyles (300 Spartiates, 500 [otages] Thébains, 2 200 Thespiens), la flotte honore leur sacrifice par une victoire décisive à Salamine et détruisent la flotte perse construite par les armateurs phéniciens et mouillant au Cap Mycale. Athènes néanmoins, préalablement évacuée, sera livrée aux flammes, minable vengeance pour Sardes, mais à Platées (479) l’armée grecque écrase les troupes du général perse Mardonios (Mṛduniya), ancien conquérant de la Thrace (en 490).
Par la suite, l’empire perse renoncera à toute action militaire contre les Grecs et préférera jouer sur leurs divisions en finançant Sparte contre Athènes ou encore en hébergeant le héros de Salamine, Thémistocle, victime d’un ostracisme de la part du peuple athénien. Les mercenaires grecs autour de Xénophon (cf Anabase) aideront sans succès Cyrus le jeune à conquérir le trône, découvrant ainsi les faiblesses internes de cet empire qu’Alexandre saura utiliser par la suite à son profit, ou faciliteront l’indépendance temporaire égyptienne, jusqu’à Artaxerxès y rétablisse l’ordre. Mais c’est Alexandre III de Macédoine qui vaincra la Perse tout en soumettant la Grèce et en rasant Thèbes.
L’erreur géopolitique des Grecs consiste en leur refus de toute unité politique de la Grèce continentale. Alors que la supériorité militaire des Grecs est démontrée, elle est en définitive inutile puisqu’elle dévore la Grèce elle-même dans trois guerres civiles dites « du Péloponnèse » qui, comme 14/18 et 39/45 en Europe, ruinent les cités et gaspillent la vaillance de chacune. Athènes sera brisée par Sparte et ne s’en relèvera pas. Sparte sera brisée par Thèbes (Leuctres 371) et Thèbes sera vaincue par Philippe de Macédoine (Chéronée, 338).
Si la Grèce avait été unie, c’est elle et non Rome qui aurait dominé a minima la Méditerranée orientale et aurait fini par combattre Carthage sur le sol de Sicile. Les Celtes sans Rome auraient pu dominer de leur côté la Méditerranée occidentale au lieu d’en être les victimes. Sur un plan géopolitique, les Grecs auraient évité les influences nocives de l’orient qui accablèrent Alexandre. La Grèce unie aurait été le premier Etat-nation de l’histoire avec deux millénaires en avance.
Au lieu de cela, il ne demeure presque rien de Thèbes ni de Sparte et Athènes n’a jamais pu retrouver sa gloire passée, le Panthéon ayant même servi d’église dédiée à la « Vierge Marie » puis de dépôt de munitions pour les Ottomans.
Il faudra attendre 1830 pour qu’une Grèce indépendante et unie puisse relever la tête. Des choix stratégiques audacieux auraient tout changé et évité la domination macédonienne puis romaine. Il est peu vraisemblable que l’empire perse aurait été vaincu mais il aurait perdu le contrôle de la côte égéenne. La Grèce, nation vaincue, triomphe certes de son vainqueur latin par ses arts, comme l’indique le poète romain Horace, mais au prix de sa liberté et de sa prospérité. Rome fut ce que la Grèce ne sut pas être… en mieux.