Yves Lacoste a tenté parmi tous les géopoliticiens de penser à une géopolitique grande-européenne dont il n’a tracé que l’ébauche. Visionnaire, il a compris qu’un des avenirs possibles pour l’Europe était de réussir son unité continentale, mais cela impliquerait une libération européenne de la tutelle américaine, une remise en cause des dogmes multi-culturalistes au profit d’un strict eurocentrisme, et une ouverture à la Russie comme jamais elle n’aura été tentée. La guerre entre l’Ukraine et la Russie engagée en février 2022 éloigne bien entendu la dernière perspective même si elle doit rester un objectif désormais post-poutinien.

La géopolitique de l’Europe unie ne doit pas être la somme des géopolitiques nationales des Etats ni même de la seule Union Européenne. Elle doit proposer une vision européenne complète des relations du continent avec ses anciennes colonies de peuplement (USA, Argentine… etc.), avec la Russie (dans l’attente de sa future intégration), avec le Royaume-Uni (dans l’attente d’un « Breturn ») mais aussi avec le monde islamique, avec la Turquie, avec l’Iran, avec l’Inde ou encore avec la Chine et le Japon.

Une telle géopolitique reposerait donc sur un eurocentrisme clairement assumé, passant toute analyse au prisme des seuls intérêts européens. Elle identifiera les alliés, les adversaires, les neutres et les hostiles, dépassant les querelles nationales historiques et les divisions interétatiques.

Je vous propose ici de manière prospective la liste des enjeux européens essentiels qu’une géopolitique européenne devra intégrer et analyser. Je propose douze points (nombre symbolique).

  1. Repenser la relation transatlantique Europe/USA sur la base de la recherche d’une indépendance stratégique et militaire européenne et d’un partenariat économique égalitaire
  2. Soutenir l’Arménie face à ses ennemis
  3. Soutenir la volonté du peuple iranien de se libérer du régime islamiste en place
  4. Soutenir la volonté du peuple kurde de former un Etat uni et indépendant
  5. Restaurer une approche « XIXème siècle » de la question turque pour résoudre les contentieux existants (Chypre-nord, Thrace, Constantinople)
  6. Établir un partenariat Europe/Inde sans impact migratoire
  7. Couper les liens conservés avec les anciennes colonies malgré la décolonisation
  8. Émanciper les derniers espaces coloniaux (notamment les possessions ultra-marines de la France)
  9. Établir un nouveau statut au sein de l’Europe unie pour le Groenland et à terme pour les républiques non-européennes de Russie
  10. Assumer une géopolitique européenne opposée aux flux migratoires post-coloniaux et autres
  11. Assumer une lecture ethniciste des relations internationales
  12. Penser l’Europe de demain dans une perspective de déglobalisation (post-onusienne)