
L’Algérie a engagé ses premières troupes terrestres au Niger, à la demande des autorités de Niamey, marquant une rupture avec sa doctrine traditionnelle de non-intervention militaire à l’étranger et bien que l’occupation de la Kabylie ne soit pas considéré par Alger comme l’occupation d’une nation étrangère.
Le 25 octobre 2026, les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé le déploiement conformément à l’article 91 de la Constitution. Au Sénat, les 148 membres présents sur 174 ont voté favorablement. Le président Abdelmadjid Tebboune a officiellement ordonné l’opération le 26 octobre.
Le 30 octobre, un premier convoi militaire algérien a atteint Arlit, dans le nord du Niger, selon dix sources interrogées par Reuters. La base de Madama, située près de la frontière libyenne et anciennement occupée par les forces françaises de l’opération Barkhane, est évoquée comme une possible implantation. Aucun déploiement permanent sur cette base n’est confirmé.
L’objectif officiel est de protéger les intérêts économiques et énergétiques communs, notamment les installations pétrolières de Sonatrach dans la région de Kafra et le projet de gazoduc transsaharien de 4 200 km, reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, avec l’Europe comme débouché potentiel.
Sur le plan sécuritaire, Alger cherche également à stabiliser sa frontière méridionale face aux groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, aux trafics transfrontaliers et aux groupes armés opérant depuis le sud de la Libye. Ces enjeux régionaux dépassent toutefois le mandat officiel de protection des intérêts énergétiques, mais ils sont à connaître pour comprendre l’interventionnisme algérien.
Cette intervention prolonge le rapprochement militaire entre Alger et Niamey. Dès août, l’Algérie avait notamment déployé quatre chasseurs Su-30 et des appareils de soutien à Niamey, après une tentative de mutinerie contre le pouvoir du général Abdourahamane Tiani. Début novembre, des militaires et gendarmes algériens ont également escorté des livraisons de carburant jusqu’à Agadez.
Il s’agit de la première projection terrestre algérienne à l’étranger depuis la guerre israélo-arabe de 1973. L’opération fait suite aux tensions diplomatiques de 2025 entre Alger et les États de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Les effectifs, la durée du déploiement et les règles d’engagement restent des données non communiquées par l’Algérie. On peut cependant proposé les estimations suivantes :
- Effectifs initiaux : environ 200 à 500 militaires dans l’hypothèse d’un détachement limité, comprenant protection, reconnaissance, commandement et logistique. À titre de comparaison, la France disposait d’environ 200 militaires à Madama en 2015.
- Renforcement éventuel : 500 à 1 500 militaires dans un scénario élargi à plusieurs implantations ou corridors stratégiques, selon des hypothèses de planification, non des effectifs observés.
- Durée envisageable : une première mission de 3 à 6 mois, potentiellement prolongée jusqu’à 12 mois ou davantage si des rotations sont organisées. Aucun calendrier officiel ne permet de privilégier cette hypothèse mais elle nous semble la plus probable.
- Moyens probables : véhicules blindés, transport logistique, drones de surveillance et moyens de communication, avec un éventuel soutien aérien depuis l’Algérie ou Niamey.
- Nature de l’engagement : protection d’installations, sécurisation des déplacements et surveillance des axes transfrontaliers. Les règles d’engagement n’ont pas été publiées et aucune opération de combat terrestre algérienne n’est confirmée.
Note : L’Algérie possède une flotte de drones militaires de reconnaissance et de combat, dont plusieurs modèles capables de mener des frappes air-sol. Elle en utilise opérationnellement depuis plusieurs années. Les drones sont principalement de fabrication chinoise, mais il faut également connaître le El Djazaïr 54 : dérivé d’un modèle émirati, ce drone a été employé dès avril 2019 pour frapper des positions de groupes armés. Il peut emporter des missiles air-sol et des munitions adaptées de mortier de 120 mm.
Références
- Algérie Presse Service (APS), 26 octobre 2026 — Décision officielle du président Tebboune :
https://www.aps.dz/fr/presidence-news/mvpepe6e-le-president-de-la-republique-decide-d-envoyer-des-unites-de-l-anp-en-republique-du-niger - Reuters, 30 octobre 2026 — Arrivée du premier convoi militaire algérien à Arlit :
https://www.internazionale.it/ultime-notizie-reuters/2026/10/30/first-algerian-troops-arrive-in-niger-where-jihadists-threaten-stability - Algérie Presse Service (APS), 25 octobre 2026 — Approbation parlementaire :
https://www.aps.dz/fr/algerie/actualite-nationale/mvo8c1xq-les-membres-de-l-apn-approuvent-a-la-majorite-absolue-la-notification-adressee-par-le-president-de-la-republique-concernant-l-envoi-d-unites-de-l-anp-au-niger - Al Jazeera, 4 novembre 2026 — Coopération énergétique, sécuritaire et convois de carburant :
https://www.aljazeera.net/politics/2026/11/4/الجزائر-والنيجر-تعززان-التعاون-ما - Le Monde, 25 octobre 2026 — Contexte stratégique, Madama et intérêts algériens au Sahel :
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/10/25/en-algerie-le-parlement-autorise-l-envoi-d-unites-militaires-au-niger_6800111_3212.html - Small Arms Survey — Présence militaire historique française à Madama (référence comparative) :
https://www.smallarmssurvey.org/sites/default/files/resources/SAS-SANA-Report-Niger.pdf - Institut Géopolitique Horizons, 23 octobre 2026 — Hypothèse de 20 000 personnels, non corroborée :
https://horizons.ma/algerie-vers-une-intervention-militaire-exterieure-mais-ou/