Une enquête du centre américain C4ADS, publiée le 22 octobre et intitulée A Marriage of Convenience?, révèle l’approfondissement de la coopération militaro-industrielle entre Pékin et Moscou. Fondée sur des registres commerciaux, des documents industriels et des publications scientifiques, elle met en évidence des transferts de technologies militaires et une collaboration dépassant largement les simples livraisons de composants électroniques.

Les chercheurs ont identifié 314 expéditions entre 2010 et 2025, impliquant 52 fournisseurs russiens et 21 destinataires chinois. Ces échanges concernent notamment des technologies de fabrication, des équipements à double usage, des documents techniques et des connaissances nécessaires au développement d’armements modernes.

L’un des exemples les plus significatifs concerne l’entreprise russienne NPO Splav, spécialisée dans les lance-roquettes multiples. Entre 2014 et 2015, puis en 2022, celle-ci aurait transmis au géant chinois de l’armement Norinco des documents techniques relatifs à des roquettes capables de transporter et de déployer des drones de reconnaissance.

Ces technologies présentent des similitudes avec le système russien 9M534 et avec le drone chinois Feilong 60A, dévoilé en 2025, qui peut être lancé depuis un lance-roquettes SR-5. Les enquêteurs estiment que les transferts russiens pourraient avoir accéléré le développement chinois, sans pouvoir démontrer une filiation technologique directe.

L’enquête révèle également que l’Institut central d’aérohydrodynamique russien (TsAGI) aurait réalisé au moins neuf prestations techniques pour Norinco entre 2022 et 2024, comprenant des modèles aéronautiques réduits, des essais en soufflerie et la transmission de données expérimentales.

La coopération s’étend au monde universitaire. Entre 2022 et 2026, des chercheurs chinois et russiens ont cosigné 86 publications scientifiques consacrées aux drones et aux systèmes sans pilote, contre seulement 36 entre 2009 et 2021. Plusieurs travaux portent sur le pilotage autonome, la coordination d’essaims de drones et le suivi de cibles.

Cette collaboration pourrait présenter un intérêt stratégique majeur pour Pékin dans la perspective d’un éventuel conflit autour de Taïwan. Lors d’un forum militaire sino-russien en 2023, un représentant de l’Armée populaire de libération avait notamment présenté une simulation montrant des drones lancés en essaim depuis des systèmes de roquettes pour franchir un détroit. Les analystes de C4ADS y voient une possible référence à des opérations dans le détroit de Taïwan.

Sur le plan industriel, les entreprises russiennes transfèrent également certaines activités de fabrication et d’approvisionnement vers la Chine pour limiter les conséquences des sanctions occidentales. Moscou bénéficie ainsi des capacités manufacturières chinoises, tandis que Pékin accède à une partie du savoir-faire scientifique et militaire russien, notamment dans les systèmes de précision.

Cette coopération demeure néanmoins asymétrique. Selon C4ADS, la Russie répond à ses besoins militaires immédiats, mais risque d’accroître sa dépendance industrielle envers la Chine. Pékin pourrait, à plus long terme, tirer des bénéfices stratégiques supérieurs en intégrant des technologies russiennes à sa propre industrie d’armement.

Le rapprochement entre les deux puissances pourrait contribuer à l’émergence d’un complexe militaro-industriel sino-russien capable de concurrencer davantage la supériorité technologique occidentale, particulièrement dans les drones, les armements de précision et les systèmes autonomes.

Références


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