À l’occasion du sommet Playbook Paris Live de POLITICO, ce 24 septembre, Marine Le Pen a détaillé sa ligne de politique étrangère sur la guerre en Ukraine. Elle articule désormais sa position autour de trois axes : maintien d’un soutien militaire à Kiev, arrêt de l’aide financière française et priorité donnée à une initiative diplomatique pour mettre fin à la guerre.

Soutenir militairement l’Ukraine, mais couper l’aide financière faute de moyens

MLP réaffirme que le RN « soutient l’Ukraine » et rappelle sa condamnation de l’invasion russienne de février 2022, qualifiée de violation militaire des frontières ukrainiennes.

La candidate patriote opère cependant une distinction nette entre les différentes formes d’assistance. La France pourrait continuer à former les soldats et cadres militaires ukrainiens et à fournir du matériel et une aide militaire, mais devrait cesser son soutien financier direct :

« Nous pouvons former ses soldats, lui apporter des aides matérielles, mais nous ne pouvons plus aider financièrement l’Ukraine. »

Elle justifie cette position par la situation budgétaire française et met directement en balance l’aide à Kiev avec les dépenses nationales, citant notamment l’indexation des retraites. POLITICO confirme qu’elle a déclaré que la France n’avait désormais « plus les moyens » de poursuivre cette assistance financière.

Faire face à Moscou, sous le seuil de guerre

Face à la multiplication des tensions entre Européens et Russie, Le Pen insiste surtout sur le risque d’escalade entre puissances nucléaires. Elle refuse l’idée d’une entrée en guerre française contre la Russie et rappelle que celle-ci possède l’arme nucléaire.

« Je vous rappelle que la Russie est une puissance nucléaire. Je sais bien que dans les salons parisiens, les petits marquis expliquent qu’il faut faire la guerre à la Russie. Moi, pour ma part, je ne souhaite faire la guerre à aucune puissance nucléaire. »

Sa doctrine consiste donc à condamner l’invasion russienne sans considérer la France comme partie à une guerre contre Moscou. Elle appelle à ne pas traiter légèrement l’hypothèse d’une confrontation militaire directe.

« Soit l’OTAN entrera en guerre, et ce sera la Troisième Guerre mondiale, soit ce sera la guerre de cent ans. Voilà ce que je disais il y a déjà trois ans. Je ne me suis pas trompée, puisque cette guerre dure déjà depuis de trop nombreuses années. »

Cette position intervient quelques jours après un durcissement notable du discours du RN envers Moscou : Le Pen et Jordan Bardella ont publiquement condamné toute tentative russienne d’intimidation, de déstabilisation ou d’ingérence contre la France. Le Kremlin a rejeté ces accusations, Dmitri Peskov affirmant que la Russie ne constituait pas une menace pour la France.

La France comme initiatrice d’une conférence de paix

« Dès 2022, nous avons condamné de la manière la plus claire qui soit l’agression de la Russie, qui a violé militairement les frontières de l’Ukraine. Nous soutenons l’Ukraine. Et nous souhaitons que la France mette sa force diplomatique au service de la recherche d’une solution de paix. »

Pour Le Pen, la question centrale n’est désormais plus seulement celle du niveau de soutien occidental à Kiev, mais « comment on arrête la guerre en Ukraine ». Elle estime que la France, compte tenu notamment de son histoire dans les deux guerres mondiales, devrait mobiliser sa puissance diplomatique afin de rechercher une issue négociée.

Elle affirme ainsi qu’elle aurait souhaité que Paris prenne l’initiative d’une « grande conférence pour la paix ».

Cette logique explique également son soutien à la participation de Vladimir Poutine au prochain sommet du G20 : elle considère favorablement toute initiative susceptible de créer un cadre de négociation pour mettre fin au conflit.

OTAN : pas de retrait pendant la guerre

Autre précision importante apportée à POLITICO : Le Pen maintient son projet historique de retirer la France du commandement intégré de l’OTAN, mais estime qu’il serait inopportun de le faire tant que la guerre en Ukraine se poursuit.

Elle se montre également ouverte, dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu, à une force internationale de maintien de la paix en Ukraine, qu’elle rapproche du modèle des Casques bleus. Si la « Coalition des volontaires » constituait une condition permettant d’obtenir un cessez-le-feu, elle se dit favorable à avancer dans cette direction.

Le dossier ukrainien replacé dans une critique plus générale de l’UE

« Nous souhaitons que la contribution de la France au budget de l’Union européenne ne puisse pas dépasser cinq milliards d’euros. Elle connaît aujourd’hui une hausse exponentielle, et je m’étonne que la France ne se soit pas associée à d’autres pays, dont l’Allemagne, pour demander à Ursula von der Leyen de renoncer au doublement du budget de l’Union européenne. »

MLP souhaite plafonner la contribution française au budget de l’Union européenne à 5 milliards d’euros et s’oppose au projet d’augmentation du prochain cadre financier pluriannuel.

Elle accuse également Ursula von der Leyen de vouloir avancer d’un an son adoption afin qu’il soit décidé avant plusieurs élections nationales majeures. Il s’agit ici de l’interprétation politique formulée par Le Pen, et non d’un fait établi quant aux motivations de la présidente de la Commission.

« Ursula von der Leyen veut contourner la démocratie en avançant d’un an le vote du budget pluriannuel de l’Union européenne parce qu’elle sait que l’année prochaine, quatre des cinq plus grands pays, dont la France, auront de nouvelles élections. Tout le monde devrait s’en scandaliser. »

Conclusion : la ligne Le Pen qui se dessine

« Notre position en ce qui concerne la guerre en Ukraine n’a jamais varié : elle repose sur la défense des intérêts de la France et des Français. »

L’interview permet donc de préciser une doctrine qui n’équivaut ni à l’arrêt du soutien à l’Ukraine ni à la poursuite du dispositif actuel : condamnation de l’invasion russienne et maintien de l’aide militaire et de la formation à Kiev ; arrêt de l’aide financière au nom des contraintes budgétaires françaises ; refus d’une confrontation militaire directe avec la Russie ; maintien de la France dans le commandement intégré de l’OTAN tant que dure la guerre ; et recherche active d’un cessez-le-feu par une initiative diplomatique française.

Références :


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