La journaliste allemande Eva Maria Michelmann, âgée de 36 ans, est rentrée en Allemagne après avoir passé plus de cinq mois dans plusieurs prisons contrôlées par les nouvelles autorités syriennes. Libérée le 19 juin 2026 d’un établissement pénitentiaire de Damas, elle a quitté la Syrie en passant par la Jordanie avant de rejoindre Berlin.

Son frère et ses avocats avaient alors indiqué qu’elle se trouvait dans un état compatible avec les circonstances, tout en avertissant que cette formule ne constituait nullement une garantie concernant les conséquences physiques et psychologiques de sa détention.

Michelmann avait été arrêtée le 18 janvier 2026 à Raqqa, en même temps que le journaliste kurde originaire de Turquie Ahmed Polad, également orthographié Ahmet Polat dans certaines publications. Tous deux couvraient les opérations militaires menées par les forces du gouvernement syrien contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, lors de la prise de contrôle de la ville. Ils collaboraient notamment avec l’agence de presse de gauche Etkin Haber Ajansı — ETHA et la chaîne Özgür TV.

Pendant plusieurs mois, les autorités syriennes avaient refusé de fournir des informations claires sur leur sort. Elles n’ont reconnu officiellement leur détention qu’à la fin du mois d’avril. Le ministère syrien de l’Information affirmait alors que les journalistes avaient été découverts dans un bâtiment précédemment utilisé par les FDS, qu’ils ne disposaient pas de documents permettant de vérifier immédiatement leur identité et qu’ils avaient éveillé les soupçons des forces de sécurité. Aucune inculpation précise et publiquement vérifiable n’avait cependant été annoncée. Le récit hésitant des autorités du régime djihadiste de Damas dit déjà tout.

Dans un témoignage vidéo diffusé lors d’une conférence de presse organisée en Allemagne le 9 juillet, Eva Maria Michelmann a livré pour la première fois un récit détaillé de sa détention. Elle affirme avoir été transférée successivement dans cinq établissements pénitentiaires, avoir subi de longues périodes d’isolement et avoir été torturée par les services de sécurité du nouveau pouvoir syrien.

Selon son témoignage, elle aurait notamment subi des coups, des décharges électriques et des traitements dégradants. Elle affirme également avoir vu des enfants détenus ainsi que des femmes issues de la minorité alaouite enfermées dans des cellules surpeuplées et insalubres. Ces accusations émanant d’un témoin occidental rare n’ont pas fait l’objet d’une réponse détaillée des autorités syriennes ni d’une enquête indépendante rendue publique. La réalité plus générale des enlèvements et violences visant des femmes alaouites dans la Syrie post-Assad a toutefois été documentée par plusieurs organisations de défense des droits humains et médias internationaux.

Michelmann a directement mis en garde les opinions publiques européennes contre la propagande positive de certains médias occidentaux concernant le nouveau régime de Damas :

« Ne croyez pas que le régime issu de HTS soit démocratique de quelque manière que ce soit. Ses pratiques sont inhumaines. »

La journaliste estime que la Syrie demeure profondément dangereuse et affirme que de nombreux Syriens ne font pas confiance aux institutions dominées par les anciens cadres d’Al Qaeda et de l’État islamique – validés par les puissances occidentales. L’organisation djihadiste HTS et la nébuleuse Al Qaeda fournissent une part très importante du nouvel appareil sécuritaire dit syrien, dont le président Ahmad al-Sharaa lui-même.

Sa libération a résulté de plusieurs mois de mobilisation de sa famille, d’organisations de défense de la liberté de la presse et de démarches diplomatiques allemandes. Le ministère allemand des Affaires étrangères avait notamment obtenu des visites consulaires et déclaré intervenir à un niveau élevé auprès des autorités syriennes.

Eva Maria Michelmann a enfin demandé la libération immédiate et inconditionnelle d’Ahmed Polad, arrêté avec elle à Raqqa. Contrairement à sa collègue allemande, le journaliste kurde ne bénéficie pas de la protection diplomatique d’un État européen et demeure détenu par les autorités syriennes. Le Comité pour la protection des journalistes estime qu’aucune information transparente n’a été fournie sur les accusations retenues contre lui, ses conditions de détention ou son accès à un avocat.

Finalement, après autant de massacres de masses et d’affaires de violations des droits humains, il devient difficile de soutenir qu’Ahmed al-Sharaa n’est pas pire que Bachar al-Assad.

Références :