Le patron de presse de gauche, Matthieu Pigasse, qui investit massivement dans un écosystème médiatico-culturel marqué à gauche – faisait partie en janvier dernier des 70 invités à la Maison Blanche pour une projection privée du documentaire sur Melania Trump.1

La projection privée du documentaire Melania s’est tenue à la Maison Blanche, autour du 24 janvier 2026, avec des invités comme Mike Tyson, Queen Rania of Jordan, Tim Cook, Andy Jassy, Tony Robbins et d’autres dirigeants ou personnalités. Le documentaire, produit/distribué par Amazon MGM Studios, est consacré aux vingt jours précédant l’investiture de Donald Trump en janvier 2025. 2

La dette du Vénézuela

Selon le Wall Street Journal, Pigasse a multiplié les allers-retours entre Paris, Caracas et Washington pour décrocher un important contrat concernant les 150 milliards de dettes du Vénézuela à restructurer.

Le détail décisif : d’après le WSJ, Pigasse aurait été invité à cette projection par Fernando Sulichin, producteur argentin du film, décrit comme disposant de liens anciens avec des responsables vénézuéliens.

Le Vénézuela a officiellement lancé en mai 2026 une restructuration de sa dette souveraine et de celle de PDVSA, l’entreprise pétrolière publique. Reuters indique que le pays est en défaut depuis 2017 et que les obligations en défaut atteignent environ 60 milliards de dollars, tandis que le total des passifs – dette, intérêts accumulés, arbitrages, créances bilatérales – pourrait dépasser 150 milliards de dollars.

Reuters précise que le gouvernement vénézuélien a nommé Centerview Partners comme conseiller financier pour cette restructuration.3

C’est là que Pigasse intervient : il est partenaire chez Centerview4, et le WSJ rapporte qu’il a joué un rôle central pour décrocher le mandat.

Le chef intérimaire de la Banque centrale du Vénézuela , Luis Perez, a déclaré que cette restructuration devait faire sortir le Vénézuela “de l’ombre” du système financier international. Il a aussi indiqué que le pays cherche à renouer avec le FMI, la Banque mondiale et les institutions financières internationales.

Pourquoi le mandat est gigantesque

Le Vénézuela est l’un des plus grands dossiers de restructuration souveraine au monde. Reuters donne trois ordres de grandeur essentiels :

  • 60 milliards de dollars environ de bonds souverains et PDVSA en défaut
  • 150 à 170 milliards de dollars de dette externe totale selon les méthodes de calcul
  • Défaut depuis 2017, donc presque une décennie de contentieux, intérêts accumulés, arbitrages et sanctions

Le rôle de Washington : indispensable

La restructuration ne peut pas être seulement une affaire Caracas–créanciers. Les sanctions américaines rendent l’autorisation de Washington essentielle. Reuters rappelait dès janvier 2026 que les créanciers ne pouvaient pas vraiment engager de discussions sans waiver ou licence spéciale américaine. 5

Puis, en mai 2026, Reuters a rapporté que le Trésor américain avait délivré une licence permettant aux entreprises d’aider à une éventuelle restructuration de la dette vénézuélienne, même si d’autres étapes seraient nécessaires pour mener l’opération à terme. 6

C’est ici que le dossier devient géopolitique : la restructuration de la dette vénézuélienne n’est pas seulement une opération financière. Elle dépend d’un feu vert américain, d’un changement de régime ou de posture à Caracas, d’une volonté de réintégrer le Vénézuela dans les marchés, et probablement d’un calcul énergétique plus large autour du pétrole vénézuélien.

Le rôle de Delcy Rodríguez et de Mauricio Claver-Carone

Toujours selon l’article du WSJ, Pigasse a multiplié les démarches pour courtiser les responsables vénézuéliens et qu’il s’est rendu plusieurs fois à Caracas en 2026. Le journal affirme aussi que Pigasse a bénéficié du soutien de Mauricio Claver-Carone, ancien conseiller de Trump pour l’Amérique latine, lequel aurait exprimé à Delcy Rodríguez, présidente intérimaire du Vénézuela, son appui à l’embauche de Pigasse et de Centerview.

Claver-Carone appartient à l’univers républicain considéré comme « droite dure » par des observateurs sur l’Amérique latine, notamment contre Cuba, le Vénézuela chaviste et les réseaux socialistes latino-américains. Qu’un profil comme lui soutienne Pigasse, malgré son image de banquier de gauche, signifie que le critère décisif n’était probablement pas idéologique mais opérationnel : compétence technique, accès aux réseaux financiers, et capacité à parler à la fois aux créanciers, aux autorités vénézuéliennes et à Washington.

En effet, Pigasse a une vraie expérience des restructurations souveraines. Son passé chez Lazard l’a placé sur des dossiers comme la Grèce, l’Irak, l’Argentine, l’Équateur ou Chypre.

Qui est Matthieu Pigasse ?

Matthieu Pigasse est à la fois banquier d’affaires, patron de médias et figure associée à la gauche française.

Il a travaillé à Bercy, puis chez Lazard, où il a dirigé le conseil aux États et les fusions-acquisitions, avant de rejoindre Centerview Partners. Il a passé plus de quinze ans chez Lazard et qu’il y fut notamment responsable mondial du M&A et du conseil aux gouvernements.

Son parcours politique et médiatique est également connu : il a été proche du Parti socialiste français, a travaillé auprès de Dominique Strauss-Kahn puis Laurent Fabius, et a investi dans plusieurs médias. Il est notamment associé à Les Inrockuptibles, Radio Nova, Le Monde par le passé, L’Obs, ainsi qu’à Mediawan.

L’empire Pigasse peut se décomposer en quatre branches :

  • Banquier d’affaires chez Centerview Partners, où il dirige le bureau parisien. c’est la puissance financière du clan Pigasse, qui a fait du conseil notamment pour L’Oréal, Kering, Carrefour, Danone, Sanofi, Total, Engie, Accor, Thales/Orange, mais aussi des États comme l’Argentine, la Grèce et le Congo.
  • Investisseur média/culture via son groupe Combat. C’est le cœur médiatico-culturel du clan, piloté par la compagne de Pigasse ; l’union de Radio Nova, Les Inrockuptibles, Rock en Seine et d’autres entités, autour de l’idée que « la culture précède toujours la politique ». 7
  • Cofondateur/actionnaire de Mediawan avec Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton. Mediawan est né comme un SPAC français, levé en 2016 avec environ 250 millions d’euros, pour bâtir un groupe européen de contenus audiovisuels par acquisitions. On n’est plus dans le média d’opinion direct comme Radio Nova, mais dans la production audiovisuelle, les séries, documentaires, catalogues et contenus exportables. C’est un étage plus industriel, plus international, moins frontalement politique.
  • Ancien actionnaire important du Monde, dont il a cédé l’essentiel de ses parts à Xavier Niel, tout en conservant un rôle dans la structure d’actionnariat du groupe.

Références

  1. https://www.wsj.com/world/americas/the-socialist-banker-venezuela-hired-to-fix-its-finances-and-bring-back-investors-e82c777b ↩︎
  2. https://ew.com/white-house-screens-melania-doc-for-guests-including-mike-tyson-brett-ratner-11892231 ↩︎
  3. https://www.reuters.com/business/energy/venezuela-starts-sovereign-pdvsa-debt-overhaul-liabilities-seen-above-150-bln-2026-05-13/ ↩︎
  4. https://www.centerviewpartners.com/ourteammember.aspx?employee=Matthieu+Pigasse ↩︎
  5. https://www.reuters.com/business/energy/venezuela-bondholder-group-eyes-authorisation-start-debt-restructuring-talks-2026-01-09/ ↩︎
  6. https://www.reuters.com/business/energy/venezuela-starts-sovereign-pdvsa-debt-overhaul-liabilities-seen-above-150-bln-2026-05-13/ ↩︎
  7. https://www.combat.fr/ ↩︎