La Turquie comme problème européen

La Turquie est un État

  • hostile et révisionniste : occupations, nettoyages ethniques, massacres et génocides ayant visé des peuples européens et indo-européens
  • utilisant l’histoire, la démographie et la religion comme instruments de puissance
  • héritier d’un projet impérial ottoman incompatible avec l’ordre nouveau européen

Les éléments factuels les plus notables sont :

  • occupation du nord de Chypre,
  • pressions en mer Égée,
  • instrumentalisation des migrants,
  • chantage énergétique et logistique,
  • politique d’expansion militaire indirecte (Chypre, Kurdistan, Syrie, Irak…).

Pourquoi Erdogan soutient le régime islamique de Téhéran

La Turquie justifie son importance stratégique auprès de l’Occident comme un contrepoids à l’Iran. Les bases de Incirlik et Kürecik – situées en Turquie – ont une importance dans le rapport de force à l’Iran.

Il en va de même pour l’Azerbaïdjan auprès d’Israël. Les Azéris ouvrent leur sol aux Israéliens pour espionner l’Iran islamiste.

Il en va de même pour le régime djihadiste d’Ahmed Al-Sharaa, lequel sans l’Iran ne pourrait que plus difficilement faire tolérer ses massacres aux progressistes européens hypocrites.

L’axe turco-djhadiste se dit indispensable contre l’Iran islamiste sur trois piliers :

  • La menace iranienne (nucléaire, idéologique, militaire),
  • La profondeur géographique (frontières, couloirs énergétiques, bases),
  • La capacité de nuisance indirecte (milices, conflits périphériques).

Si l’Iran cesse d’être un adversaire stratégique de l’Occident, cet édifice discursif s’effondre.

La base aérienne d’Incirlik

Pendant longtemps, Incirlik a été perçue comme un hub aérien avancé pour les États-Unis et l’OTAN, un point de projection idéal vers : l’Iran, l’Irak, la Syrie ou encore le Caucase.

Il est considéré comme un site clé pour la dissuasion régionale (y compris nucléaire tactique).

Dans un scénario de confrontation Occident–Iran, la Turquie pouvait dire en substance : « sans nous, vous perdez l’accès militaire le plus direct au cœur du Moyen-Orient. »

Ce que change un Iran allié de Washington et d’Israël

Si un nouveau régime iranien : n’est plus hostile à l’Occident, coopère sécuritairement, neutralise le dossier nucléaire ; alors :

  • Incirlik perd sa valeur comme base anti-iranienne
  • Elle devient une base régionale “comme une autre”
  • Sa fermeture ou son contournement devient stratégiquement envisageable.

La base radar de Kürecik en Anatolie

La fonction stratégique principale de Kürecik est la détection précoce des missiles balistiques.

Le radar de Kürecik est conçu pour :

  • Détecter des lancements de missiles balistiques dès leur phase initiale,
  • Fournir des données de trajectoire en temps réel,
  • Alimenter les systèmes d’interception en Méditerranée (navires Aegis), en Europe et en Israël.

Dans les faits, Kürecik est l’un des yeux avancés d’Israël face à l’Iran, même si politiquement Ankara a toujours nié ce rôle.

Kürecik n’a quasiment aucun sens sans une menace iranienne. Sa position est optimale pour surveiller les sites balistiques iraniens, les tirs vers Israël et les vecteurs de moyenne portée. Elle n’est pas orientée vers la Russie (ce qui était une ligne rouge turque), ni vers le Caucase.

Autrement dit : Kürecik est un instrument anti-iranien par conception.

C’est d’ailleurs ce qui explique les protestations officielles de Téhéran, la prudence extrême d’Ankara dans sa communication et le caractère très verrouillé de l’accès à la base.

Que devient Kürecik si l’Iran n’est plus un ennemi de l’Occident ?

Conséquences directes :

  • Plus de menace balistique prioritaire venant de l’Iran
  • Fin du besoin d’alerte avancée vers Israël et l’Europe depuis la Turquie
  • Redondance avec d’autres radars OTAN (Europe, Méditerranée, Golfe)
  • Kürecik devient soit un site secondaire et une installation passable.

Pendant plus de dix ans, Ankara a pu dire implicitement à l’Occident : « nous hébergeons vos capteurs vitaux face à l’Iran ». Mais sans menace iranienne, Kürecik :

  • ne protège plus Israël,
  • ne protège plus l’Europe d’un missile iranien,
  • ne justifie plus les concessions faites à la Turquie.
  • La Turquie perd un levier silencieux mais décisif.

Comment une Perse pro-occidentale affaiblit la Turquie

Rupture de l’encerclement géopolitique favorable à Ankara

Aujourd’hui, la Turquie profite autant de l’isolement iranien que de l’instabilité irakienne. Une Perse pro-occidentale pourrait demain :

  • ferme l’espace stratégique oriental d’Ankara,
  • crée un axe Europe–Perse–Caucase alternatif,
  • marginaliser la Turquie comme passage obligé.

La Turquie perdrait sa centralité géographique artificielle.

La question kurde comme levier

Les Kurdes ont un intérêt dans l’affaiblissement de la Turquie. Mais plus encore, si la nouvelle Perse soutenait leur cause au nom de l’aryanité, cela aurait des conséquences gagnant-gagnant pour les deux peuples, là encore au détriment de la Turquie.

Sur ce point en revanche, Reza Pahlavi n’en prend pas le chemin. Il persiste en effet à qualifier de séparatistes les autonomistes kurdes. Au lieu de faire des Kurdes un atout pour la Perse, il en fait un adversaire.

Mais si il changeait son approche à l’égard de ce peuple qui ne veut plus être traité comme une nation de seconde zone, en prenant l’initiative de :

  • soutenir les Kurdes d’Iran, d’Irak et de Turquie sur le plan diplomatique,
  • coordonner avec l’Europe sur :
    • droits culturels,
    • condamnations internationales,
    • conditionnalités économiques.

Pahlavi disposerait d’un solide allié régional, et il en a besoin.

Dans ce scénario, l’Europe s’adosse à une Perse indo-européenne et marginalise la Turquie comme acteur anti-européen dont la pertinence a largement expiré.

La Turquie cesse d’être perçue comme un mal nécessaire géopolitiquement et devient un acteur périphérique, instable et non aligné.

Conclusion

Le scénario d’un changement de régime en Iran réduit considérablement la capacité de chantage stratégique d’Ankara vis-à-vis des États-Unis et de l’Occident en général. C’est la raison pour laquelle les services de renseignement turcs collaborent avec le CGRI contre la révolte et que les militants turcs soutiennent assez clairement le CGRI sur les réseaux.

Il y aurait un bénéfice aux Kurdes, partout où ces derniers sont confrontés à la Turquie et ses proxies. Si un Kurdistan indépendant et allié de la Perse émerge, les deux nations appliquant une approche gagnant-gagnant et égalitaire, les possibilités de projets régionaux sont très importants.

Un bénéfice également aux Chypriotes occupés par la Turquie au nord de leur pays, de par l’affaiblissement de l’influence turque.

Pour Israël, l’Azerbaïdjan perdrait son importance et l’alliance s’inverse avec un nouvel Iran. Ce dénouement serait totalement dans l’intérêt de l’Arménie.

Épilogue – La fin du chantage turc

Considérons à présent le scénario d’une Perse démocratique et d’un Kurdistan indépendant.

Avec :

  • des routes commerciales alternatives sous le contrôle des Indo-Européens (Europe, Kurdistan, Perse, Inde) en remplacement des axes mis en place par la Turquie, que ce soit avec l’Afghanistan ou avec le Qatar via la Syrie.
  • une énergie diversifiée hors Anatolie occupée (Turquie),
  • une coopération sécuritaire accrue de l’Europe avec la Perse, le Kurdistan et des partenaires fiables.

Dans ce scénario :

Une Perse pro-occidentale devient, au même titre que son partenaire le Kurdistan, un allié civilisationnel, énergétique et stratégique de l’Europe.

C’est une stratégie de recomposition de puissance.